Introduction
De tous temps, une question a hantée l'humanité. Qu'est ce que la mort ? Malheureusement, les réponses sont nombreuses et les preuves peu tangibles. Toutes les religions ont développer une théorie de l' âme, et les nouveaux matérialistes affirment que la mort est tout simplement la fin de la vie, et qu'il n'y a rien après. Néammoins, des hommes et de femmes qui sont mort cliniquement racontent une histoire qui esmble valider ce que l'homme sait depuis la nuit des temps, le corps n'est qu'un véhicule.
Expérience type
C'est un schéma générale de ce que racontent les personnes revenues de la mort:
Une personne meurt, et tandis que ses forces physiques ne lui obéissent plus, elle entend le médecin constater son décès. Il entend alors un bruit, semblable à une sonnerie ou un bourdonnement, et en même temps, il se sent emporté rapidement à travers un tunnel obscur. Il s'appercoit alors qu'il a quitté son corps, et qu'il se trouve dans la salle, ou il peut contempler son propre corps à distance, comme un spectateur. Il observe les tentatives de réanimation.
Au bout de quelques instants, il se reprend et commence à s'accoutumer à sa nouvelle condition. Il s'appercoit qu'il possède un corps, mais que celui-çi est d'une nature bien étrange. Il entend , voit, mais ne ressent pas la gravité et passe à travers les objets. Bientôt, d'autres êtres arrivent à sa rencontre. Bien souvent des amis ou des parents décedés. Puis, une entité spirituelle lumineuse et dégageant de la tendresse et de l'amour - un être de lumière - approche.Cet être formule une question, qui n'est pas parlée, et qui le pousse a effectuer un bilan de sa vie passée. L'entité fait surgir en lui une vision panoramique de tous les évènements de sa vie passée. Le moment arrive ou le défunt appercoit une frontière, symbolisant apparement la vie de la mort. Là, il comprend que l'heure de mourir n'est pas venue pour lui, et qu'il doit réintégrer son corps. Il résiste, se trouvant dans un état de bonheur rare, mais réintègre son corps, et revient à la vie.
Quelques témoignages
Premier témoignage
Je me trouvais à l'hopital, mais personne ne savait exactement ce que j'avais. Le Dr James, mon médecin m'a fait transporter au service de radiologe pour me faire examiner le foie. Mais d'abors, il a fallu essayer sur mon bras une certaine drogue que l'on allait m'injecter car j'étais allergique à de nombreux médicaments. Comme aucune réaction n'apparaissait, ils y sont allés carrément, et mon coeur s'est arréte de battre. J'ai entendu le radiologue se précipiter sur le téléphone, et je l'ai très clairement entendu former un numéro, puis dire: "Docteur James, je viens de tuer votre cliente, Mrs Martin." Mais je savais bien que je n'étais pas morte. J'ai voulu bouger pour les prévenir, mais je ne pouvais pas. Pendant qu'ils s'efforcaient de me réanimer,je les ai entendu dire qu'ils allait me piquer, mais je n'ai pas senti la piqure. Je ne sentais rien.
Second témoignage
J'ai entendu les médecins dire que j'étais mort, et c'est à ce moment-là que je me suis senti dégringoler, ou plus exactement comme si je flottais dans cette obscurité, qui était comme un endroit clos. Je ne trouve pas de mots pour exprimer ça. Tout était très noir, sauf que dans le lointain j'appercevais cette lumière. C'était une garnde lumière très, très brillante, mais pas très grande au début, elle augmentait à mesure que j'approchais.
Je faisais des efforts pour rejoindre cette lumière.
Troisième témoignage
Je me suis levée et je suis sortie dans le couloir pour aller boire quelque chose, et c'est à cet instant, on l'a su plus tard, que je me suis fait une perforation de l'appendice. Mes forces m'ont lachée, et je suis tombée sur le sol. Je me sis mise à dériver, je me sentais comme si j'avais été tantôt dans mon corps, et tantôten dehors, et j'entendais une musique très belle. Je flottait au lon du couloir, dépassant le seil jusqu'au portique dont les battants étaient fermés. Là, ce fut comme si des nuages, ou plutôt un brouillard rose, s'amassait autour de moi; j'ai continué a flotter au travers des battants du portique, comme s'ils n'avaient pas existé, et de là vers cette lumière de pur cristal, une lumière blanche qui rayonnait; une lumière très belle, très brillante, irradiante. Mais elle ne faisait pas mal au yeux, et n'empechait nullement de voir. On ne peut comparer cette lumière à rien de ce qui existe sur terre. Je ne peux pas dire que j'ai vu une personne dans cette lumière, mais il m'a paru certain qu'elle possède une identité, c'est indéniable. Imaginez une lumière faite de totale compréhension et de parfait amour.
Ine pensée a été dirigée vers moi: M'aimes-tu ? Cela ne m'est pas venu sous la forme d'une question, mais je crois bien que ce que la lumière voulait me direétait ceci: Si tu m'aimes, retourne sur tes pas, achève ce que tu as commencé. Et pendant ce temps, je me sentais tout enveloppée de compassion, et comme écrasé d'amour.
Quatrième témoignage
Je savais que j'allais mourir et que je n'y pouvais rien, parce que plus personne ne pouvait m'entendre. J'étais sorti de mon corps, j'en suis sûr, puisque je voyais ce corps étendu, là, sur la table d'opération. Mon âme l'avait quitté. J'ai d'abord été très bouleversé, mais c'est alors qu' est intervenue cette lumière brillante. Au début, elle m'a paru un peu pâle, mais tout à coup il y a eu ce rayon intense. La luminosité était prodigieuse, rien à voir avec un éclair d'orage, une lumière insoutenable, voila tout. Et cela dégageait de la chaleur, je me suis senti tout chaud.
C'était d'un blanc étincelant, tirant un peu sur le jaune. Cela brillait formidablement, je n'arrive pas à bien le décrire. Cela éclairait tout alentour, mais cela ne m'empêchait absolument pas de voir tout le reste, la salle d'opération, le docteur et les infirmiers, tout. J'y voyais très distinctement, sans être aveuglé.
Au commencement, quand la lumière est arrivée, je ne me rendais pas très bien compte de ce qui se passait; mais après, la lumière m'a demandé - enfin, c'était comme si elle me demandait - si j'étais prêt à mourir. C'était comme quand on parle à quelqu'un, seulement il n'y avait personne. C'était la lumière qui me parlait, elle avait une voix.
J'imagine maintenant que cette voix qui me parlait a dû constater que je n'étais pas du tout prêt à mourir. Elle voulait simplement me mettre à l'épreuve, sans plus. Et cependant, à partir du moment ou elle a commencé à parler, je me suis senti délicieusement bien, protégé, et aimé. L'amour qui émanait de la lumière est inimaginable, indescriptible. Et par dessus le marché, elle dégageait de la gaité ! Elle avit le sens de l'humour, je vous l'assure !
Cinquième témoignage
Après tout ce fracas, après cette longue avancée à travers l'espace noir, toutes les pensées de mon enfance et ma vie toute entière m'attendaient au bout du tunnel., comme jaillissant devant moi. Ce n'étaient pas exactement des images, je dirais plutôt des formes de pensées. Je ne sais pas comment vous expliquer, mais tout était là en même temps, je veux dire: pas une succession de tableau scintillant l'un après l'autre, c'était une vue mentale de tout l'ensemble à la fois. Je pensais à ma mère, à mes mauvaises actions. En revoyant les sottises que j'avais faites étant enfant, je pensais à mes parents et j'aurais tant voulu ne pas avoir fait les choses que j'avais faites, j'aurais voulu revenir en arrière pour les dé-faire.
Sixième témoignage
J'ai succombé a un arrêt du coeur, et à cet instant je me suis brusquement trouvée dans un pré valloné. Le paysage était très beau, et tout était d'un vert intense, d'une couleur qui ne ressemble à rien sur terre. Il y avait de la lumière tout autour de moi, une lumière exaltante. Je regardais devant moi, à travers champs, et je vis une clotûre, j'aperçus un homme de l'autre coté, s'avancant vers moi comme s'il venait à ma rencontre. Je cherchai à le rejoindre, mais je me sentis irrésistiblement tirée en arrière; et pendant que je reculais, je vis l'homme faire demi-tour et rebrousser chemin lui aussi, en s'éloignant de la clôture.
Septième témoignage
A la suite d'une crise cardiaque, je suis tombée dans un grand trou noir.Jj'avais abandonné mon corps physique et, certaine que j'allais mourir j'ai pensé: "Mon Dieu, j'ai toujours agi du mieux que j'ai pu; je t'en prie aide moi." Tout de suite, l'obscurité s'est dissipée, remplacée par une lueur gris pâle, et j'ai continuer à avancer en me laissant glisser rapidement. Devant moi, au loin il y avait un brouillard griseatre, vers lequel je me hatais, mais il semblait que je n'y arriverais jamais assez vite à mon gré; parvenue tout près j'ai commencé à entrevoir qu'au-dela du miroir, il y avait des gens; leur apparence était exactement comme sur terre; et je discernais aussi quelque chose qui ressemblait à des immeubles. Le tout était imprégné d'une lumière splendide, d'une luminosité d'un jaune d'or très vif, mais plus claire, pas comme la couleur crue de l'or que nous connaissons ici bas.
A mesure que je m'approchais encore davantage, j'eus la certitude que j'allais traverser ce brouillard. C'était une sensation de joie formidable, je ne peux trouver de mots pour l'exprimer. Pourtant, mon heure n'était pas encore venue, probablement, puisque tout à coup, comme sortant de la brume, j'ai vu approcher mon oncle Charles, mort depuis des années. il m'a barré le passage en disant: "Il faut t'en retourner, tu n'as pas achever ton ouvrage sur la terre, retourne sur tes pas maintenant." Je n'avais aucune envie de repartir, mais je n'avais pas le choix: dans l'instant même, j'avais retrouvé mon corps, avec cette douleur affreuse dans la poitrine. Et j'entendis mon petit garcon qui pleurait en disant: "Mon Dieu, fais que maman revienne !"
Huitième témoignage
Je me demandais si j'allais rester là définitivement; mais en même temps je me suis souvenu de ma famille, de mes trois enfants et de mon mari. Je sais que c'est assez difficile à admettre: tant que j'avais ressenti cette délicieuse impression de bonheur auprès de la lumière, je n'avais aucune envie de m'en retourner. Mais je prends toujours mes responsabilités très à coeur, et je me sentais un devoir envers les miens; alors j'ai pris la décision de revenir.
Neuvième témoignage
J'avais accompli trois années de collège et il m'en rester une à mener à bien. Je me répétais: "Je ne veux pas mourir maintenant." Mais je crois bien que si cela avait duré quelques minutes de plus, si j'étais resté un peu plus longtemps au voisinage de cette lumière, je n'aurais plus pensé à mes études, je me serais laissé emporter par la nouveauté de ces expériences.
Dixième témoignage
J'étais hors de mon corps, et je me suis rendu compte qu'il fallait prendre une décision. Je me disais bien que je ne pourrais pas rester indéfiniment dans cette situation: donc -bien sûr, ce n'est pas facile à comprendre pour d'autre, mais pour moi, dans l'instant,ça me paraissait on ne peut plus clair - je savais qu'il m'incomber de décider si j'irais de l'avant ou si je réintégrerais mon corps.
Tout était merveilleux de l'autre coté, et en somme je n'aurais pas demandé mieux que d'y rester. Mais l'idée que j'avais quelque chose de bien à accomplir sur terre était aussi une pensée exaltante. Alors je me suis dit: "Oui, il faut que je reparte et que je revive.", et je suis rentrée dans mon corps. J'ai même l'impression d'avoir arréter moi même l'hémorragie. Quoi qu'il en soit, c'est à partir de ce moment là que j'ai commencé à aller mieux.
Onzième témoignage
J'étais sur la table d'opération, et je voyais tout ce qu'on était en train de faire. Je savais que j'allais mourir, que c'était la fin. Mais je m'inquiétais de mes enfants, de savoir qui les prendrait en charge; donc je n'étais pas prête pour le grand départ. Le Seigneur m'a permis de revivre.
Douzième et treizième témoignages
Deux témoignages passionants qui confirment beaucoup de croyances occultistes. (Lire notament le chapitre XIII du Dogme et Rituel de Haute Magie d' Eliphas Levi, il y parle de la nécromancie et de la résurrection.)
J'ai tenu compagnie à une parente très agée pendant sa dernière maladie, qui trainait en longueur. Je participais aux soins qui lui étaient donnés, et pendant ce temps, tous les membres de la famille priaient pour elle, afin qu'elle retrouve la santé. A plusieurs reprises, sa respiration s'arréta, mais on réussissait à la ranimer. Enfin, un jour, elle m'a regardée et m'a dit: "Jeanne, je suis allée de l'autre coté, dans l'ailleurs, et c'est magnifique là-bas. Je ne demande qu'a y rester, mais se ne sera pas possible tant que vous serez tous là à prier pour que je reste avec vous. Vos prières me retiennent ici. Je vous en supplie, ne priez plus !". Nous avons obéi, et elle est morte peu après.
Le docteur avait constaté ma mort, mais je vivais toujours; et l'expérience que j'ai traversée ne m'apportait que de la joie, aucune sensation désagréable. En reprenant connaissance, j'ai ouvert les yeux, et ma soeur et mon mari m'ont vue; leur soulagement était bien visible, des larmes coulaient sur leurs joues; ils étaient heureux de me voir revenir à la vie. J'ai eu l'impression d'avoir été rappelée, je dirais presque aimantée, par la puissance de l'amour que me portaient ma soeur et mon mari. Depuis lors, j'ai toujours cru que l'on pouvait ranimer les autres par amour.
Annexes
Pendant que jétais sorti de mon corps, j'étais littéralement stupéfait de ce qui m'arrivait; je n'y comprenais rien. Mais c'était réel. Je voyais mon corps si distinctement, et de si loin! Je n'était pas du tout dans l'état d'esprit de quelqu'un qui s'attend à voir arriver des choses extra-ordinaires, ou qui ferait travailler son imagination. Je ne me fabriquais pas des idées.
Cela n'avait rien d'une hallucination. Il m'est arrivé d'avoir des hallucinations un jour ou on m'avait administré de la codéine à l'hopital; mais cela avait eu lieu longtemps avant l'accident qui m'a pratiquement tué. Et ce que je vous décris maintenant n'avait rien à voir avec ces hallucinatios, absolument rien.
Encore un peu de détails et de témoignages
Pour vous expliquer plus en détail les circonstances dans lesquels sont plongé en général les personnes qui ont vécu une NDE, je n’ai pas trouvé mieux que de vous proposer un extrait du livre " LA VIE A CORPS PERDU " de Daniel Maurer.
D’après moi cet extrait qui comporte beaucoup d'exemples, décrit très bien les différents degrés de NDE qu’un expérienceur aurait vécu.
Le recueil des données
C'est évidemment dans les hôpitaux, structures sanitaires les plus performantes, que l'on accueille les malades nécessitant des soins d'urgences : épisodes cardio-vasculaires aigus, comas, polytraumatismes d'origine accidentelle, états de choc, tentatives de suicide, etc. On y rencontre également, dans des services différents, des patients en phase terminale d'une affection au pronostic sans espoir ou des personnes âgées en fin de vie. Voici qui permet de mieux comprendre que la plupart des témoignages d'expériences de mort imminente rapportés dans les premières études, essentiellement nord-américaines, proviennent de personnes ayant approché la mort dans les services spécialisés de ces institutions sanitaires. Leur recueil n'a pas toujours été aisé en raison de la méfiance des expérienceurs à l'égard des " inquisiteurs " en blouse blanche.
En effet, bien qu'en situation privilégiée, le personnel médical ou paramédical ne bénéficie pas forcément de la primeur du récit d'une expérience de mort imminente. Et, lorsque le cas se présente, n'ayant reçu aucune formation sur le sujet, il ne lui accorde pas toujours l'attention requise. Une réticence viscérale à l'égard de ces phénomènes (peur de la mort, refus de l'irrationnel) pourrait également être invoquée. Mais plus probablement encore, un manque de disponibilité qui rend peu favorable une écoute attentive du patient. Toujours est-il que cette attitude, ressentie comme un rejet, n'incite pas l'expérienceur à se confier. Il se referme sur lui-même et ne parle pas de son EMI.
C'est pourquoi les enquêteurs qui se sont intéressés à la question en milieu hospitalier ont appris à faire preuve d'une grande ouverture d'esprit, laquelle, alliée à la patience et à la diplomatie, permet de dissiper au mieux la méfiance des expérienceurs. Ils ont pu vérifier que leurs récits offraient suffisamment de concordances pour justifier d'en regrouper les traits communs au sein d'un modèle standard, conforme à celui proposé par Moody. Car la physionomie d'ensemble des différents témoignages demeure relativement uniforme au-delà d'une hétérogénéité trompeuse due pour l'essentiel, on l'a souligné, aux particularités biographiques et culturelles.
LES DIFFÉRENTS DEGRÉS DE L'EXPÉRIENCE DE MORT IMMINENTE
Les caractéristiques de l'expérience de mort imminente présentées ici s'inspirent du schéma, déjà classique, fourni par Raymond Moody dans " La vie après la vie ". Le tableau dont on va prendre connaissance est toutefois complété de quelques détails mis en relief par des recherches ultérieures. Dans cette revue des phases d'une EMI l'ordre chronologique a également subi de menus aménagements, par rapport au modèle initial, afin de soutenir l'idée du déroulement linéaire que signale une majorité d'expérienceurs. Ces modifications mineures n'affecteront nullement le contenu du descriptif de Moody. En fait, il convient de préciser que certaines phases de l'expérience de mort imminente, c'est presque une règle, ne sont pas signalées par les expérienceurs et que l'ordre chronologique varie sensiblement d'un récit à l'autre. Le lecteur devra garder en mémoire que le tableau proposé ci-après n'est qu'un schéma, le modèle idéal d'une EMI, qu'il est peu probable de rencontrer dans les faits. Ce schéma vise simplement à la synthèse du plus grand nombre de caractéristiques relevées par les chercheurs. Objet du présent chapitre, la description des différents éléments qui confèrent leur spécificité aux EMI revêt donc, avant tout, un aspect pratique.
Outre ses vertus informatives, ce descriptif permettra de différencier aisément l'expérienceur " accompli ", celui qui a vécu une EMI plus ou moins idéale par rapport à ce schéma, de celui qui n'a pas suivi un itinéraire aussi complet. Les expérienceurs atteignant les degrés les plus élevés font part, bien entendu, des vécus les plus riches, quand d'autres ne rapportent que des sensations ou un nombre de phases plus modestes. Cette hiérarchie, allant des non-connaisseurs aux connaisseurs moyens puis aux connaisseurs profonds, fut introduite dans un dessein pratique par un professeur de psychologie américain, Kenneth Ring, auteur d'une remarquable étude sur le thème des EMI.
Arrêtons-nous encore un instant sur un point important. Il est essentiel de comprendre que le fait d'avoir survécu à une situation mortelle n'est pas synonyme de résurrection. Jamais une enquête sérieuse n'a indiqué qu'un expérienceur était réellement mort, du moins dans l'acception du terme qui nous est familière. Il est probable, en revanche, que les rescapés ou les " survivants " dont il sera question ici aient gravi les premiers échelons du processus de la mort. En fait, ce point demande à être davantage développé et il conviendra, le moment venu (dans la deuxième partie), de se mettre d'accord sur une juste définition de la mort. Ce qui, contrairement aux idées reçues, n'a rien d'une évidence.
Intéressons-nous maintenant au déroulement de ce que l'on considérera comme le modèle idéal de l'EMI. En guise d'illustrations de brefs extraits de témoignages, en caractères minuscules, suivront l'exposé de chacune des étapes. Hormis quelques exceptions qui proviennent de ma propre enquête il s'agit de courts extraits empruntés aux ouvrages parmi les plus documentés sur la question. Mieux qu'un long commentaire ils faciliteront la compréhension de telle ou telle caractéristique.
Notons tout d'abord deux traits majeurs unanimement cités.
Le premier est l'incommunicabilité de l'expérience : il s'agit d'une expérience ineffable. L'expérienceur estime qu'il est impossible de décrire dans le langage habituel, du moins avec la meilleure précision, les événements vécus au cours d'une EMI, ainsi que leurs composantes émotionnelles. La difficulté quasi insurmontable de les commenter de manière intelligible est attribuée aux limites de notre champ sémantique -- souvenons-nous que ce phénomène est vécu dans une dimension de la réalité inconnue de la majorité d'entre nous. Pour cette raison le recours à la métaphore est fréquent, bien que celle-ci ne traduise qu'imparfaitement la comparaison souhaitée.
L'autre appréciation que les expérienceurs mettent régulièrement en avant est le fort sentiment de réalité qui se dégage de leur EMI. Ils affirment que ce n'est ni un rêve ni une hallucination. Il me paraît important de signaler, une fois de plus, que face à la fréquente incrédulité de l'entourage les expérienceurs choisissent souvent de se taire. Mais lorsqu'ils acceptent de se confier le récit commence généralement par ce genre de préliminaires : " Vous n'allez pas me croire... Il n'existe pas de mots... C'est une histoire dingue... Ce qui m'est arrivé est incroyable... Je ne suis pas sûr que vous puissiez me comprendre... Il n'y a pas de comparaisons possibles... Je n'en ai jamais parlé à personne... " Etc.
1 - La perception de sa propre mort
L'annonce de son propre décès par un tiers est quelquefois entendue. Mais, hors d'une unité de soins, la probabilité d'entendre ce verdict funeste est évidemment assez réduite, sauf que l'un des témoins présents, un médecin le plus souvent, vienne à se prononcer en ce sens ; ce fut le cas pour deux des expérienceurs dont j'ai recueilli le témoignage. Ainsi que l'écrit Moody : " Voici donc un homme qui meurt, et, tandis qu'il atteint le paroxysme de la détresse physique, il entend le médecin constater son décès... "
Le plus souvent c'est le sujet lui-même qui prend conscience de sa " mort ". Cette pensée ne manque pas de l'étonner, sans qu'il ressente nécessairement une profonde affliction ; ce que décrivait assez bien Angèle. Des témoignages montrent également que la prise de conscience de sa propre mort n'est pas toujours instantanée, encore moins systématique : des personnes " décédées " choisissent tout d'abord de nier le fait, d'autres demeurent quelque temps dans le doute ou bien, plus rarement, n'ont à leur retour aucun souvenir d'avoir été " mortes ".
Parce que je n'ai pas compris tout de suite qu'il s'agissait de mon corps. Je ne pensais pas que j'étais mort.
J'ai entendu l'infirmière annoncer : " Je ne trouve plus son pouls. Elle ne respire plus, elle y est passée. " (...) Je me sentais très détachée, très à l'aise.
Je pensais en moi-même : qu'est-ce qui t'arrive ? Il y a quelque chose qui ne va pas, je le sais. Et alors, tout d'un coup j'ai pensé : Oh ! Je suis en train de mourir, c'est donc ça -- et honnêtement j'en étais heureuse (...). Et alors je l'ai entendue (l'infirmière) crier : " Mon Dieu ! Elle est morte ".
(...) et à travers cette obscurité j'entendis mon mari, comme s'il était très loin, s'écrier : " Cette fois, c'est fini ! " Et moi je pensais : " Oui, il a raison, c'est fini ! "
J'ai même entendu le médecin dire à l'infirmière de ne plus s'occuper de moi, que j'étais quasiment mort.
2 - Disparition de la douleur et sensation de paix
Une sensation de paix et de calme parfait accompagne la complète disparition de la douleur physique, y compris la douleur habituellement très intense chez les patients atteints de maladies graves ou chez les grands blessés. À ce stade prédomine un sentiment de légèreté, de relaxation totale, de bien-être... On évoque parfois une impression de ne plus être en union avec son corps, de ne plus le percevoir comme le support de sa propre pensée. L'idée d'un détachement corps/conscience est déjà sous-jacente.
· · Je me sentais paisible. Je me sentais calme...
Je me souviens uniquement de cette sensation de beau absolu. De paix... et de bonheur ! Oh ! D'un si grand bonheur... le soulagement... La peur n'existait plus.
Je ne ressentais absolument rien si ce n'est paix, réconfort, bien-être, un grand calme. J'avais l'impression que tous mes ennuis avaient cessé, et je me disais : " Que c'est doux, que c'est paisible, je n'ai mal nulle part. "
C'était bien, je n'avais pas mal. En fait, je ne sentais rien du tout. Je pouvais voir, mais je ne pouvais pas avoir de sensations.
3 - Présence ou, au contraire, absence totale d'éléments sonores
À l'inverse du trait précédent, la présence d'éléments sonores est beaucoup moins fréquente. Lorsque c'est le cas, le sujet perçoit soudain un bruit plutôt désagréable : bourdonnement, violent son de cloches, sifflement aigu, sirènes, rafales de vent, craquements, grincements...
Quelquefois, à l'inverse, il s'agit d'une mélodie très plaisante, qualifiée de musique divine ou angélique. L'un des expérienceurs que j'ai interrogés m'a certifié avoir entendu à ce moment-là une " musique vivaldienne ". Une mélodie extraordinairement belle qu'il entendait pour la première fois et qu'il n'a jamais oubliée depuis... quarante quatre ans ! Par ailleurs, il est persuadé que cette musique n'a jamais été éditée ni même jouée par quiconque. Son jugement repose sur une parfaite connaissance du répertoire de Vivaldi auquel il s'intéressa à la suite de son EMI.
Si quelques rescapés évoquent un épisode sonore, la grande majorité, en revanche, ne remarque rien de particulier à ce propos. Certains affirment même n'avoir connu qu'un silence absolu, " grandiose " disent-ils parfois. Malgré cela, la présence sporadique des types de sonorités précédemment énumérés doit retenir l'attention. C'est, me semble-t-il, lorsqu'il est signalé, un trait caractéristique dont l'irruption dans le processus d'une EMI est d'une remarquable constance chronologique. Jouant en quelque sorte un rôle charnière cette composante sonore précède toujours la décorporation ou la phase du tunnel (voir plus loin). Sachant que l'ouïe est le dernier de nos sens à disparaître, on pourrait considérer cette ultime stimulation auditive, avant le " grand passage ", comme une espèce de signal de la suspension de l'activité du système nerveux central. Dans la dynamique de l'EMI cette dernière audition, associée à la phase très symbolique du tunnel, représente un élément transitionnel notable vers une continuation marquée par la transcendance.
· · La première chose dont je me souvienne c'est d'un formidable grondement.
(...) il me semble avoir entendu comme une espèce de sirène. Une sirène et quelque chose qui ressemblait à un grand bruissement dans les arbres. Au souffle d'un grand vent dans les arbres.
(...) je commençais à entendre une espèce de musique : une musique très belle, très majestueuse.
Tout se passait dans un profond silence, le plus grand silence que j'aie connu. Il n'y avait pas un bruit.
(...) Je n'avais plus mal et le silence régnait. Mais ce n'était pas un silence inquiétant. C'était un silence apaisant.
4 - Le phénomène autoscopique ou décorporation
Voici évoqué le phénomène qui heurte au plus haut point notre bonne logique rationaliste, puisque l'expérienceur prétend maintenant que sa conscience se situe à l'extérieur de son enveloppe physique. Il dit qu'elle s'en est extrait ou, plus souvent, qu'elle a été projetée hors de son corps. D'une façon ou d'une autre, la conscience s'élève puis se stabilise, généralement à une hauteur qui varie de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres. Elle " flotte " alors au-dessus du corps, un peu à la manière d'un astronaute dans le vide spatial. Le plus souvent elle est localisée au niveau du plafond, mais elle peut également se situer dans un endroit quelconque de la pièce ou de l'environnement immédiat du corps, voire à plus grande distance, de préférence en hauteur. De ce point d'observation privilégié elle suit le cours des événements qui se déroulent autour du corps avec lequel elle vivait précédemment en symbiose. Pour les cas recensés en milieu hospitalier ces événements concernent essentiellement les procédures de réanimation et les interventions chirurgicales, parfois aussi les visites effectuées par les proches.
Cette conscience décorporée jouit des facultés sensorielles ordinaires hormis le sens tactile. En effet, l'expérienceur projeté hors de son corps ne peut toucher ce qu'il voit. Lorsqu'il s'y essaie il est étonné de traverser la matière, vivante ou non. Élément supplémentaire entravant la communication : il est évidemment dépourvu de la parole. Ses tentatives de communiquer avec l'entourage restent donc vaines. En revanche, l'acuité auditive et visuelle est d'une grande finesse : il entend et voit parfaitement. L'odorat et le goût peuvent être conservés puisque des témoignages, certes peu fréquents, en font état.
Les expérienceurs ne signalent que très rarement aussi l'existence d'un " corps spirituel " ayant une forme bien définie, qui serait le nouveau support de leur conscience. Lorsque c'est le cas ils lui concèdent tantôt un aspect humanoïde assez flou, tantôt le comparent à une masse informe (brouillard, petit nuage, halo...). Mais d'une manière générale, au cours de leur EMI, l'attention de la plupart des expérienceurs n'a pas été attirée par ce prétendu " corps éthérique ".
À propos de ces descriptions rarissimes faites par certains expérienceurs, il conviendrait sans doute de se poser la question du rôle de l'imaginaire et de l'influence des croyances antérieures. Car cette notion de " matérialisation " d'un corps éthérique (le périsprit des spirites ou le corps astral des occultistes) renvoie à une littérature d'une fertilité imaginative sans égal, et il est probable qu'il faille y voir la source de telles descriptions. Par contre, et en renfort de cette hypothèse, aucun des n,ombreux témoignages cités dans les études menées au cours des deux dernières décennies sur les EMI ne suggère la présence d'un lien, tel que décrit dans les ouvrages spirites et occultistes, rattachant ce supposé corps éthérique au corps physique. Le fait que ce lien subtil, appelé " corde d'argent " ou " cordon d'argent ", ne soit jamais mentionné dans un témoignage d'EMI disqualifie ipso facto toutes les ratiocinations qui tentent d'en accréditer l'existence ou d'y associer le phénomène qui nous intéresse. Si des auteurs de science-fiction s'en sont parfois inspirés, il ne demeure une réalité que pour les adeptes de ce " voyage astral " pour le moins contestable.
En revanche, et pour rester encore un peu dans le domaine du fantastique, il vaut la peine de signaler le cas de certaines personnes handicapées ou mutilées dans leur existence terrestre. Celles-ci prétendent avoir récupéré, lors de leur décorporation, leur intégrité physique et des capacités fonctionnelles normales ; plus aucune infirmité ou handicap n'affligeait leur " nouveau corps ". À ce propos Moody rapporte le cas d'une patiente de 70 ans, aveugle depuis l'âge de 18 ans, qui, après une crise cardiaque, a assisté " de visu " à sa propre réanimation. Par la suite elle a décrit très exactement les instruments qui ont été utilisés ainsi que leurs couleurs. Dans ce cas précis, il est remarquable que la plupart des instruments qu'elle a dépeints n'existaient pas cinquante ans plus tôt, avant qu'elle ne perde la vue. Notons que de récentes recherches entreprises Outre Atlantique s'intéressent tout particulièrement aux EMI vécues par des aveugles.
D'autres phénomènes paranormaux surviennent parfois lors de cette phase autoscopique. Ainsi, certains expérienceurs soutiennent avoir assisté à des événements qui se produisaient dans une autre pièce ou dans des endroits plus éloignés, voire dans leur vie future (nous y reviendrons au stade 9). Quelques-uns disent avoir lu dans la pensée des personnes qui se trouvaient en ces lieux. Peu fréquentes, ces aptitudes extraordinaires méritent tout de même d'être signalées tant elles s'avèrent déconcertantes lorsqu'elles sont vérifiées.
Malgré son côté extraordinaire, la décorporation demeure l'un des éléments d'une EMI susceptible d'offrir des bases d'étude intéressantes dans la mesure où certaines assertions, concernant au premier chef ces étonnantes perceptions paranormales, peuvent être soumises à vérification. Ceci étant, il demeure extrêmement malaisé de procéder à un tel contrôle, en raison de la relative rareté de ces perceptions à même d'être corroborées par des témoins. Des témoins eux-mêmes difficiles à retrouver par les enquêteurs qui, le plus souvent, prennent connaissance de ces éléments paranormaux longtemps après les faits.
Ajoutons encore que des expérienceurs " décorporés " ont éprouvé des sentiments d'impuissance et de tristesse face au désespoir manifesté par des proches ou par des membres de leur famille. Devant leurs lamentations ils auraient souhaité leur faire savoir qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter puisque pour eux tout allait pour le mieux.
· · (...) ma mère et ma bonne criaient et pleuraient parce qu'elles pensaient que j'étais morte. Je me sentais vraiment navrée pour elles et pour mon corps (...). Juste une profonde, profonde tristesse. Je peux encore ressentir cette tristesse.
(...) puis je me souviens que j'étais collé au plafond et je regardais les gens en dessous de moi qui s'occupaient de mon corps.
Après quoi je me retrouvai en train de flotter à peu près à un mètre cinquante au-dessus du sol, à environ cinq mètres de la voiture. (À la suite d'un accident de la circulation -- NDA )
(...) je m'élevais doucement en l'air, et pendant que je montais je vis d'autres infirmières pénétrer dans la chambre en courant.
Alors j'ai voulu attraper les mains pour les empêcher de me triturer, mais en vain... (Au cours d'une intervention chirurgicale -- NDA) Je ne sais pas si les miennes leur passaient au travers (...). Je ne sentais pas le contact de ces mains que j'essayais d'empoigner.
J'avais l'impression d'avoir un autre corps (...). Il était très mince, très délicat. Très léger, très léger.
Ce n'était pas un corps : rien qu'un très léger brouillard, une vapeur. Cela ressemblait à ces nuages que produit la fumée des cigarettes lorsqu'ils s'éclairent en passant auprès d'une lampe (...).
Tandis que je sortais de mon corps (...) je les voyais très nettement (...). Je voyais également ma soeur qui est infirmière à l'hôpital X (où se trouvait hospitalisé le sujet). (...) Je la voyais entrer dans l'hôpital pour travailler (...). Quelqu'un lui annonça ce qui se passait et elle se précipita en haut à toute vitesse. Je l'ai vue faire. Je l'ai vue monter par l'ascenseur, dire aux gens qu'ils ne pourraient pas sortir à leur étage -- ce qu'elle m'a raconté ensuite et moi de même -- parce qu'elle utilisait le dispositif d'urgence de l'ascenseur, et elle est montée droit à l'étage.
5 - Le passage dans un lieu sombre
Dans une perspective chronologique, cette phase pourrait représenter une étape de transition offrant l'accès à un niveau supérieur, que l'on qualifiera ici de transcendantal. Si quelques rares témoins disent avoir eu l'impression de tomber dans un trou obscur ou dans un puits, la sensation de flotter dans un lieu sombre se poursuit le plus souvent par une progression ascendante. Certains récits de vision autoscopique montrent que leurs auteurs se trouvaient déjà entourés par les ténèbres à l'instant même de la sortie hors du corps. Mais, ici également, on rencontre quelques divergences puisque d'autres expérienceurs font état d'un environnement initial d'une extrême luminosité. Il n'en reste pas moins que les lieux les plus fréquemment dépeints par ceux qui ont atteint ce stade de l'EMI ont pour caractéristique commune l'obscurité : tunnel, vallée, immense tuyau ou tube, couloir, entonnoir, espace vide et infini, etc.
Ce périple dans l'obscurité, d'ordinaire assez bref, s'effectue le plus souvent dans un silence total. Quelques témoignages relèvent toutefois la présence d'un accompagnement musical plutôt agréable. Si l'impression de sérénité prédomine, l'étrangeté de la situation éveille parfois une appréhension passagère. La rapidité du déplacement varie selon les récits : d'une allure modérée (escalator ou ascenseur) jusqu'à la vitesse de la lumière (fréquemment citée), en passant par la sensation d'aller très vite tout simplement. Quelques expérienceurs déclarent avoir éprouvé le sentiment diffus d'une présence qui les aurait accompagnés et rassurés, alors que d'autres l'ont nettement identifiée à un ou des guides -- nous y viendrons au stade suivant.
À la suite d'événements tragiques engendrant de nombreuses victimes (carambolages meurtriers, opérations de guerre, accidents technologiques, catastrophes naturelles, etc.), des rescapés affirment avoir parcouru cette obscurité -- ou, selon, des lieux moins sombres -- en compagnie d'autres consciences désincarnées. Ces présences ne sont pas nettement identifiées mais plutôt perçues intuitivement, quoiqu'une description plus précise puisse parfois être rapportée.
Dans un registre voisin, des expérienceurs eurent une pensée attristée ou ressentirent un certain malaise en observant d'étranges silhouettes errant dans ces lieux plus ou moins obscurs. Ils en déduisirent s'être trouvés en présence " d'âmes pitoyables et totalement désorientées ", à la recherche d'un guide ou d'une solution à des problèmes de leur vie terrestre qu'ils n'avaient pas conscience d'avoir quittée ; en quelque sorte des " âmes " fortement attachées à leur existence matérielle passée. Selon ces mêmes témoins beaucoup de ces ombres entr'aperçues là-bas auraient " enfreint la règle " en se suicidant, sans être parvenus pour autant à résoudre leurs problèmes terrestres.
· · Ces âmes égarées ? Les personnages avaient un aspect plus humanisé (...) mais aucun n'avait une forme tout à fait humaine comme nous. (...) dans cet endroit particulier tout était d'un gris terne, très triste. Ils paraissaient hésiter, ils regardaient en arrière (...) Ils avaient l'air de planer ; leur regard était toujours tourné vers le bas, jamais en haut. (...) ils avaient l'air abattu, accablé, gris. Extrêmement désorientés.
On les voyait en train d'essayer d'établir le contact (avec les vivants -- NDA), mais personne ne se rendait compte de leur présence, personne ne faisait attention à eux. Ils essayaient de communiquer, mais ils n'y réussissaient jamais. Personne ne paraissait savoir qu'ils étaient là.
Je pouvais voir mon corps qui était couché là... J'ai vu tout le spectacle... Je montais lentement, comme si je flottais dans une sorte de couloir obscur ou semi-obscur...
Je me souviens avoir avancé dans un tunnel, un tunnel très très obscur... il était très, très vaste.
Quand je dis tunnel, la seule chose qui me vienne à l'esprit, c'est... vous savez ces grosses canalisations qu'on met dans les égouts ? C'était cylindrique comme cela, mais énorme.
La première chose qui se produisit -- tout a été très rapide -- fut que je m'en allai à travers ce grand vide mais à une vitesse folle.
Cette musique divine continuait à m'accompagner et je montais. Je montais doucement dans une obscurité totale.
6 - La rencontre avec des guides ou des défunts
Outre ces " âmes en peine ", très rarement signalées tout de même, d'autres personnages, auxquels est souvent attribué un rôle de guide ou de conseiller, vont se manifester. Ce sont des proches décédés : parents ou amis, anciens voisins ou relations, voire un animal familier aimé jadis, parfois aussi de parfaits inconnus. L'expérienceur communique avec eux grâce à une sorte de langage télépathique qui autorise un échange de pensées et d'émotions instantané. Rappelons-nous cependant que le contact avec les " chers disparus ", à l'instar d'autres éléments caractéristiques, peut avoir lieu à un moment quelconque des phases précédentes, voire se prolonger tout au long de l'EMI.
Jeanne Guesné, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à son propre cheminement spirituel, a expérimenté le phénomène de décorporation voici déjà longtemps, et de façon consciente, lors d'exercices de méditation orientés en ce sens. La vision des chers disparus relèverait, pour elle, d'une projection mentale en relation avec un important investissement affectif : " Chaque fois ces gens retrouvent un parent ou des parents et amis morts, qui leur parlent, les entourent. C'est normal, cela appartient à leur mémoire mentale. (...) C'est ainsi que je vis (une seule fois) mon père quelques instants, je vis surtout ses mains qui serraient les miennes, me disant qu'il lui fallait me quitter car il ne pouvait plus rester. Mais, très vite, je compris que c'était moi qui, en pensant à lui, provoquait son image incroyablement vivante... ". Remarquons toutefois que dans le cadre des EMI l'appréciation de Jeanne Guesné est à considérer avec prudence, le contexte des phénomènes autoscopiques qu'elle a vécus n'ayant jamais été celui de l'approche de la mort.
Pour en revenir à nos expérienceurs, ces retrouvailles suscitent un vif sentiment de bonheur. Si le plaisir de ces rencontres est réciproque, il n'empêche que, au bout d'un certain laps de temps, les défunts retrouvés invitent généralement le visiteur à rebrousser chemin et à réintégrer son corps. Cependant, il n'y a pas lieu, ici encore, d'en faire une règle stricte car les récits qui mettent l'accent sur le désir de ces défunts de garder l'expérienceur auprès d'eux ne sont pas rares non plus (Cf. Angèle).
Par ailleurs, des narrations font état d'un vécu purement mystique ; j'ai relevé deux récits de cette nature dans le cours de mon enquête. Les personnages rencontrés appartiennent alors au panthéon religieux de la confession de l'intéressé. Mais c'est plutôt là un élément spécifique de l'étape suivante.
· · Je suis arrivé dans un endroit où il y avait toute ma famille, ma grand-mère, mon grand-père, mon père, mon oncle (...). Ils sont tous venus à ma rencontre et m'ont accueilli.
Avec moi il y avait mon frère aîné qui était mort quand j'étais encore un gosse. Je ne pouvais pas le voir, mais je savais qu'il était tout près de moi, il m'a même tapé sur l'épaule en me disant : " C'est vraiment comme tu veux... tu peux rester et je serai à tes côtés et tout ira bien. "
Et ensuite il y a eu un autre moment où deux de mes tantes -- qui sont mortes -- assises sur une clôture d'une magnifique prairie se sont mises à m'appeler. " Avance, Giselle, me disaient-elles, avance. " Et j'étais très contente de les voir.
(...) et même, quand j'ai entendu le médecin parler de ma mort, j'ai cru que j'allais reprendre connaissance. C'est à ce moment que je me suis aperçue de la présence d'un tas de monde, presqu'une foule, planant à la hauteur du plafond de ma chambre. Tous des gens que j'avais connus autrefois et qui étaient passés dans l'autre monde (...). Ils avaient tous l'air content, c'était une circonstance heureuse, et je savais qu'ils étaient venus pour me protéger ou pour me guider (...). Ce fut une minute magnifique, toute de splendeur.
Et en plus de ça, au cours de ce mois de mai, ma compagnie avait perdu quarante deux hommes (témoignage d'un GI gravement blessé lors d'une opération de guerre au Viêt-Nam -- NDA). Les quarante deux gars étaient tous là. Ils n'avaient pas la forme sous laquelle nous percevons le corps humain, et je ne peux pas dire quelle allure ils avaient, parce que je ne le sais pas. Mais je sais qu'ils étaient là. Je sentais leur présence. Nous communiquions sans parler avec nos voix.
7 - La perception de la lumière
C'est incontestablement l'aspect le mieux connu du grand public, mais aussi le plus brocardé par les détracteurs des expériences de mort imminente. Sans doute parce qu'il a été exploité à des fins douteuses par quelques talentueux affabulateurs et autres " messies des temps nouveaux ".
La vision de la lumière est spécifique de l'accès à la phase transcendantale. Il s'agit maintenant d'une luminosité intense, l'expérienceur approche d'une lumière dont il est difficile de rendre compte avec des mots : " mille fois plus puissante que le soleil " dira-t-il. L'extrême clarté envahit peu à peu tout l'espace sans que, paradoxalement, il en soit ébloui. Certains témoignages situent cette vision dès l'entrée dans l'espace sombre, sous forme d'un point lumineux qui s'agrandit au fur et à mesure de la progression du sujet (Cf. Angèle à nouveau). Selon d'autres descriptions, elle n'intervient qu'après la sortie de la zone d'obscurité, brutalement parfois. Les nuances relevées varient du blanc très brillant à l'orangé ou au doré, parfois au rougeoyant ou au bleuté, mais les descriptions s'attardent davantage sur son intensité et sur le rayonnement dont elle emplit tout l'espace.
· · Au début, elle m'a paru un peu pâle, mais, tout à coup, il y a eu ce rayon intense. La luminosité était prodigieuse, rien à voir avec un éclair d'orage, une lumière insoutenable, voilà tout (...).
C'était d'un blanc étincelant, tirant un peu sur le jaune -- mais surtout blanc. Cela éclairait tout alentour (...) la salle d'opération, le docteur et les infirmiers, tout. J'y voyais très distinctement, sans être aveuglé.
(...) j'ai de nouveau vu cette lumière. Quasiment la même que j'avais aperçue au bout du tunnel. Elle était du même doré vif, jaune.
Tout ce qu'il y avait, c'était une lumière éclatante qui brillait de plus en plus, mais ça ne vous faisait pas mal aux yeux.
Je flottais tout près du plafond (...). Je suis sortie dans le couloir et j'ai vu ma mère en train de pleurer (Il s'agit d'une petite fille en réanimation -- NDA). (...) elle ne pouvait pas m'entendre. Alors une belle dame est arrivée parce qu'elle savait que j'avais peur. Elle m'a emmenée dans un tunnel et on est arrivé au ciel (...). Quand nous avons vu la lumière, j'ai été très contente. Pendant longtemps, j'ai voulu y retourner. Je veux toujours retourner à cette lumière quand je mourrai (...). La lumière était très brillante.
Là ce fut comme si des nuages, ou plutôt un brouillard rose, s'amassaient autour de moi (...) et de là vers cette lumière de pur cristal, une lumière blanche qui rayonnait ; une lumière très belle, très brillante, irradiante. Mais elle ne faisait pas mal aux yeux. On ne peut comparer cette lumière à rien de ce qui existe sur terre.
Ce que je peux dire de la lumière -- non, ce n'était pas une lumière mais l'absence d'obscurité, totale et absolue (...). Eh bien, quand vous pensez à la lumière, vous imaginez une grande lumière qui éclaire tout et qui fait des ombres, etc. Cette lumière était vraiment l'absence d'obscurité. Nous n'avons pas l'habitude de ce genre de concept (...). Mais cette lumière était tellement totale, tellement absolue que vous ne regardiez pas la lumière, vous étiez dans la lumière. Vous voyez ce que je veux dire ?
8 - La fusion dans la lumière et le sentiment d'un amour inexprimable
Nous sommes là au coeur de la phase transcendantale. Bientôt une présence est associée à la lumière. De cette entité lumineuse se dégage une tendresse et une bonté infinies. Puis, soudain, c'est une onde d'amour d'une intensité inouïe qui submerge notre expérienceur. Nul autre que Phyllis Atwater, ayant elle-même vécu trois EMI différentes, ne me semble avoir mieux décrit ce sentiment. Afin que nous en comprenions mieux la portée voici un bref extrait de son analyse:
· · Il me paraît utile de redéfinir l'amour et, en particulier, l'amour inconditionnel : l'amour que nous rencontrons au moment de la mort n'a rien d'émotionnel. Il n'est lié à aucun sentiment. Nous avons beau sentir qu'il s'adresse à nous, il ne présente aucun caractère personnel. Il correspond davantage à un état, une façon transcendante d'exister. Un niveau de conscience, inimaginable et incompréhensible à la raison humaine. C'est un amour qui coule à travers vous. Il ne vient pas de vous et ne vous est pas personnellement destiné. On ne peut le posséder. Pour savoir à quoi il ressemble, il faut le donner et regarder ce qui se passe. Cet amour, qui est l'amour véritable, n'appartient à personne et fait partie de chacun. Il n'existe que dans une liberté totale ; il ne demande rien et n'exige rien en retour. Il se fait accueillant à tous et n'exclut personne. C'est le ciment qui maintient ensemble l'univers et la création tout entière. Quand on vit dans un tel amour, toutes les émotions, tous les sentiments, tous les besoins, tous les liens se dissipent. En revenant sur terre, l'expérienceur flotte encore dans ce climat. Il lui faut du temps pour reprendre pied, pour se réimpliquer et se réattacher.
Il est aisé de comprendre que beaucoup d'expérienceurs fassent preuve d'une certaine pudeur à parler de ce flot d'amour infini qui les a submergés. La gêne qu'ils manifestent vient en partie de leur incapacité d'en exprimer le caractère extraordinaire, supra-ordinaire -- l'aspect ineffable de l'expérience a déjà été évoqué au début du chapitre. Ils estiment alors que leur narration ne restituera que de façon médiocre ce qu'ils ont ressenti, puisqu'aucun qualificatif de notre vocabulaire ne parvient à le définir. De plus, certains craignent de passer pour de nouveaux prophètes ou pour des illuminés un peu naïfs.
Mais encore, il est probable que cet amour supra-humain ne corresponde pas aux conceptions antérieures de l'expérienceur. Et certainement pas au climat d'hostilité et de violence qui préside trop souvent aux relations entre les éphémères locataires de notre petite planète ; le choix d'une fraternité égalitaire et d'une option pacifiste y passant pour un gage de faiblesse ou pour une utopie. Ainsi cet expérienceur se trouve-t-il fréquemment en décalage non seulement avec ses opinions passées, mais encore avec celles d'une majorité de ses contemporains. Enfin, sa réinsertion affective au sein de la famille et des proches, en raison de leur incompréhension de cette notion d'amour dont ils se sentent exclus, n'est pas la moindre difficulté qu'il lui faut surmonter. Garder le silence sur ce sentiment incommunicable, qu'il n'est donc pas en mesure de faire partager, est pour lui une manière de se préserver et de sauver les apparences.
Du faible pourcentage des expérienceurs parvenus à ce stade de l'EMI quelques-uns estiment avoir été en symbiose avec tout l'univers, évoquant un sentiment de fusion avec le cosmos et de savoir universel (Angèle, encore). Ils ont connu un état d'expansion de la conscience difficile à décrire, là aussi, et disent avoir bénéficié alors d'une faculté de perception infiniment supérieure à celle de leur état habituel de conscience. Même s'ils ne gardent qu'un souvenir flou de leur " enseignement ", ils affirment qu'à cet instant précis de leur expérience ils possédaient l'explication de toute chose. Si le bouleversement émotionnel alors ressenti est toujours parfaitement mémorisé, ce n'est pas le cas, hélas, de cette connaissance illimitée. D'autre part, beaucoup se plaisent à souligner l'impression de familiarité ressentie de " l'autre côté ", comme s'ils étaient revenus chez eux après une brève absence (Angèle, toujours).
Il est fréquent que l'entité lumineuse se voie attribuer une identité : Dieu, Jésus, Allah, Mahomet, Bouddha, la Vierge, un saint, un prophète, un messager divin ou quelque autre figure emblématique de la religion de l'intéressé. Ces apparitions sont incontestablement en relation directe avec la culture religieuse de l'expérienceur, subjugué par le réalisme de ces représentations -- difficile cependant d'affirmer que ces interprétations ne sont pas élaborées a posteriori, lorsque le sujet se remémore les visions. C'est un élément culturel du même ordre qui préside sans aucun doute au choix des sites merveilleux qui accueillent le visiteur : cités étincelantes d'or et paysages paradisiaques. La vision de ces tableaux exprime un ravissement des sens, une profonde extase.
Ce témoin mélomane, déjà cité, a carrément été enlevé de son lit d'hôpital par deux archanges vêtus de blanc qui restèrent à ses côtés le temps d'une lente et solennelle ascension. Ajoutez à cela un air de Vivaldi et vous aurez une meilleure idée de l'intensité émotionnelle de son vécu. D'autant que, par la suite, il s'est trouvé face à un personnage majestueux, vêtu d'une toge immaculée, assis sur un trône somptueux. Ses traits étaient en parfaite conformité avec l'iconographie chrétienne, cette vision anthropomorphique du Créateur telle que l'avait reproduite Michel-Ange dans les fresques de la chapelle Sixtine : beau visage de vieillard encadré d'une barbe blanche. Avec, ajoutera cet homme, " un regard qui pénètre jusqu'au tréfonds de l'âme ".
(...) et puis il y eut cette lumière brillante. Elle était de plus en plus brillante, et j'ai eu l'impression de la traverser (...). Et il y avait de la musique. Je me voyais dans un paysage de campagne, avec des ruisseaux, des arbres, des montagnes (...). Ce n'était pas vraiment des arbres, ni rien de connu. Ce qui m'a paru le plus étrange c'est qu'il y avait du monde ; pas sous un aspect physique, corporel : les gens étaient là, c'est tout (...). On éprouvait un sentiment de paix absolue et de bonheur. D'amour. Et j'avais l'impression de m'intégrer à tout ça.
(...) j'apercevais une ville. Il y avait de grandes maisons, séparées les unes des autres, qui étincelaient. Ceux qui y habitaient étaient des gens heureux. On voyait des sources jaillissantes, des fontaines (...). Une ville de lumière, voilà comment je serais tentée d'appeler cela. C'était splendide. Il y avait aussi de la belle musique. Tout resplendissait, merveilleux.
Je faisais des efforts pour rejoindre cette lumière parce que j'avais le sentiment que c'était le Christ, et je voulais arriver jusqu'à Lui. Il n'y avait rien là d'effrayant ; c'était même plutôt agréable.
C'était la lumière qui me parlait, elle avait une voix (...). Et cependant, à partir du moment où elle a commencé à me parler, je me suis senti délicieusement bien, protégé et aimé. L'amour qui émanait de la lumière est inimaginable, indescriptible. Et par-dessus le marché elle dégageait de la gaîté ! Elle avait le sens de l'humour, je vous assure !
La première chose que j'ai vue en me réveillant à l'hôpital était une fleur et j'ai pleuré. Croyez-le ou pas, je n'avais jamais vraiment regardé une fleur avant de revenir de la mort. Une des grandes choses que j'ai apprises quand je suis mort, c'est que nous faisons partie d'un grand tout, de l'univers vivant. Si nous pensons pouvoir faire du tort à une autre personne ou à une autre chose vivante sans nous faire du tort à nous-mêmes, nous nous trompons lourdement.
J'ai eu tout à coup la sensation de posséder la connaissance de toutes choses -- de tout ce qui avait eu lieu depuis le commencement du monde et de tout ce qui allait avoir lieu indéfiniment (...). Cette science intégrale s'était comme ouverte devant moi. J'ai su que ma maladie durerait encore un certain temps et qu'il m'arriverait à nouveau de voir la mort de près (et en effet j'ai été plusieurs fois à deux doigts de mourir après cela). On m'a expliqué que c'était afin d'effacer cette connaissance universelle que j'avais reçue (...) car j'avais pénétré les secrets de l'univers.
9 - Le panorama de la vie et le jugement
C'est le plus souvent en présence de la lumière, et parfois en compagnie de ses guides, que l'intéressé se voit proposer le bilan de sa vie passée. Proposer est un euphémisme puisque, dans la plupart des cas, cette revue de la vie s'impose d'elle-même. Elle se déroule devant ses yeux sans qu'il lui soit demandé le moindre effort de mémoire. L'expérienceur perçoit les menus détails de chaque scène et en ressent toutes les émotions ; les siennes tout autant que celles des autres protagonistes.
Il n'est pas facile d'expliciter ce panorama de la vie car, dans certains récits, il est fait état de la perception simultanée de plusieurs scènes. Par ailleurs, d'un témoignage à l'autre, le déroulement chronologique peut suivre un axe opposé : de la naissance jusqu'à la période précédent l'EMI ou inversement. Mieux encore, de temps à autre s'intercalent des visions du futur, comme si cette espèce de bilan s'appliquait à la totalité de l'existence y compris au temps à venir. Cet aspect prémonitoire a d'ailleurs été esquissé dans le dernier témoignage du stade précédent.
Culpabilisante ou au contraire gratifiante, la revue des événements de la vie s'exprime sur un registre émotionnel relativement modéré, paradoxal parfois. L'expérienceur revit pourtant des pans entiers de son existence, oubliés la plupart du temps. Il se trouve aussi en situation de participer, au plan émotionnel, en lieu et place des autres personnes présentes. De cette façon il juge " véritablement " de l'effet de ses actes, comme le soulignait le témoignage d'Angèle.
" L'Être de lumière ", ainsi que le désigne Moody en écho aux paroles de nombreux témoins, se montre compréhensif et compatissant. Il se garde de tout jugement moral, laissant au sujet lui-même le soin de le faire. Il est intéressant de noter que bien des d'expérienceurs estiment s'être livrés à une sorte d'auto-jugement, considérant " l'Être de lumière " comme l'émanation transcendée de leur propre conscience. Dans quelques récits, il est également fait mention d'une impression de moquerie amusée manifestée par la lumière, voire d'un humour plus ou moins sarcastique (encore Angèle, de même que l'un des précédents témoignages).
Différentes études tendent à indiquer que le bilan panoramique de la vie revient avec plus de fréquence dans les cas où l'imminence de la mort revêt un caractère inopiné (accident), tel que la victime ne peut manifestement pas s'être préparée à sa fin prochaine. Selon les mêmes sources, ces rescapés d'une mort imprévisible rapporteraient moins de récits d'apparitions lumineuses ; un constat qui ne trouve pas explication pour l'heure.
Nombre d'expérienceurs parvenus à ce stade évoquent une question précise, émanant de la source lumineuse, qui semble introduire la phase du jugement : " Qu'as-tu fait de ta vie ? "
· · Dès qu'il m'est apparu, l'Être de lumière m'a tout de suite demandé : " Montre-moi ce que tu as fait de ta vie. " ou quelque chose d'approchant. Et aussitôt les retours en arrière ont commencé. (...) il choisissait certains passages de mon existence et les faisait revivre devant moi pour me les remettre en mémoire. (...) il ne manquait pas une occasion pour me faire remarquer l'importance de l'amour (...). Il insistait beaucoup sur l'importance de la connaissance.
Je suis tombé à la renverse (...) et toute ma vie a défilé devant moi comme un ordinateur très rapide et je n'arrêtais pas de penser à toutes les différentes choses que j'avais faites ou, peut-être, que je n'avais pas faites.
À l'instant de l'impact, toute ma vie a commencé à défiler devant moi ; cela remontait à l'époque où j'étais tout bébé, puis les images se sont mises à progresser dans le temps. Je me rappelais tout et tout était incroyablement vivant (...). Il n'y avait rien de pénible dans tout ça, j'y assistais sans regrets. (...) la projection d'une série de diapositives, comme si quelqu'un se chargeait de faire défiler les photos à toute vitesse.
J'ai eu peur parce que je voyais que le camion allait heurter le parapet du pont (...). Eh bien, pendant le court laps de temps pendant lequel le camion glissait, j'ai repensé à tout ce que j'avais fait. (...) je devais avoir deux ans (...), au moment d'aller à l'école. (...) chacune de mes années de classe, j'ai revu tous mes professeurs, et les petits faits marquant de chaque année. (...) et tout le reste jusqu'à l'heure présente (...). Cela n'a probablement duré qu'une fraction de seconde.
Toutes les pensées de mon enfance et ma vie entière m'attendaient au bout du tunnel, comme jaillissant devant moi (...). Je ne sais pas comment vous l'expliquer, mais tout était là, tout se trouvait là en même temps. (...) je pensais à mes parents et j'aurais tant voulu ne pas avoir fait les choses que j'avais faites, j'aurais voulu revenir en arrière pour les dé-faire.
(...) il s'est fait autour de moi une exposition, disons, où tout ce que j'avais fait dans ma vie se trouvait comme à l'étalage. J'étais dévoré de honte à cause d'un tas de choses que j'avais faites, parce que maintenant je voyais tout sous un jour complètement différent ; la lumière me révélait ce qui était mal, ce en quoi j'avais mal agi. Et tout cela était très réel. (...) c'était une espèce de jugement (...) et il y eut un dialogue ; pas avec des mots, rien qu'avec les pensées. (...) je ne voyais pas seulement tout ce que j'avais fait, mais même les répercussions que mes actes avaient entraînées pour d'autres personnes (...), je ressentais tout ça, ça s'accompagnait de sentiment (...). Nos pensées ne se perdent jamais.
10 - La frontière et le retour
Vient le moment où l'expérienceur, même s'il n'a pas parcouru l'ensemble des phases précédentes, rencontre une sorte de frontière matérielle ou symbolique : barrière, grille, porte, fleuve, orée d'un bois, montagne, ravin, souvenir des proches laissés en arrière ou sentiment de responsabilité à leur égard (enfants), notion d'une oeuvre, d'un destin ou d'une vie inachevés...
Dans certains témoignages, cela a déjà été signalé, ce sont les défunts rencontrés par l'expérienceur ou la présence ressentie dans la lumière qui lui demandent de s'en retourner. Je citerai une fois encore cet amateur de Vivaldi, envoyé Ad Patres par une grave infection, au chevet duquel veillait sa mère. Il fut " refusé à l'arrivée " et " réexpédié " à celle-ci lors d'une scène où Dieu, assis sur un trône somptueux, le désigna du doigt aux deux archanges qui l'encadraient en ordonnant, d'une voix puissante et sur un ton qui ne se discute pas : " Ramenez cet enfant à sa mère ! ". D'autres fois c'est de sa propre initiative que l'expérienceur revient dans son corps, généralement parce qu'il pense que son rôle ici bas n'est pas achevé. Il estime le plus souvent, ainsi qu'il vient d'être dit, que ses proches, en particulier ses enfants, ont encore besoin de lui.
Cette dernière étape de l'EMI est fréquemment mal acceptée. À son grand regret, encore sous le coup des extraordinaires sentiments d'amour, de paix et de joie qu'il a connus, l'expérienceur doit réintégrer une enveloppe charnelle souvent douloureuse et revenir à une vie qui lui semble, comparativement, triste et futile. L'état de conscience ordinaire lui devient instantanément synonyme de viscosité mentale. De fait, cette soudaine réduction du champ perceptif et des capacités intellectuelles, associée à la lourdeur du corps physique, sinon à la douleur, représente une rééducation fort déplaisante, bien que généralement brève. Il n'empêche que beaucoup, à la pensée de leur extraordinaire périple, restent longtemps affectés par une profonde nostalgie.
Si quelques récits de ce " retour à la vie " suggèrent l'idée d'enfiler une combinaison moulante, on relève dans d'autres témoignages que leurs narrateurs se sont sentis propulsés brutalement dans leur enveloppe physique. Mais ils sont nombreux à n'en posséder aucun souvenir précis, hormis de s'être éveillés brusquement dans leur corps (Angèle), comme sur un claquement de doigts disent certains.
Le processus de retour a parfois été décrit avec la sensation de réintégrer le corps soit par le haut du crâne soit par les pieds ; j'ai personnellement recueilli les deux types de description. Sur ce point, plutôt accessoire, il est probable que les expérienceurs qui disent être revenus dans leur corps par les pieds, signifiaient ainsi que c'étaient les pieds de leur supposé " corps spirituel " qui entraient les premiers en contact, au niveau de la tête, avec leur corps physique. C'est ce qu'indique, par exemple, le premier des témoignages ci-après ; les deux suivants évoquent également cet aspect précis.
· · Je luttais contre les médecins qui tentaient de me ramener à la vie. Mais je me battais plus encore contre ces maudites machines (appareils d'assistance respiratoire, défibrillateur cardiaque, moniteurs divers). Ce sont les machines qui m'attiraient vers mon corps et je sentais ma résistance fléchir de plus en plus. Je les ai vus me donner des secousses électriques pour rétablir mon coeur et j'entendais que les " bip " des machines accéléraient. (...) Si je considère que je possédais un autre corps, je dirais que j'étais attirée par les pieds de celui-ci vers mon corps physique. Car à mesure que je réintégrais, que je sentais que je ne gagnerais pas sur les machines, ma pensée, elle, était toujours à l'extérieur.
J'étais comme aspiré, et le point de départ de l'aspiration était dans ma tête, comme si je rentrais par la tête (...). L'instant d'avant je me trouvais à plusieurs mètres de mon corps, et d'un seul coup c'était fini.
J'ai dit : " Non, je veux vivre " (...) et ensuite, ce fut quasiment (avec un claquement de doigts) instantané (...). J'avais réintégré mon corps. Je n'hésiterai pas à dire que je pense être rentré dans mon corps en passant par la tête (avec une intonation étonnée). Mais j'ignore pourquoi.
J'essayais d'arriver là mais il y avait quelque chose qui n'arrêtait pas de me repousser (...). J'ai commencé à être entraînée en arrière (...) et je suis revenue en flottant et je suis redescendue vers mon corps.
J'ai décidé que j'allais revenir, et immédiatement, ça a été comme une secousse, une secousse qui me projetait dans mon corps ; et j'ai senti exactement à ce moment-là que je retournais à la vie.
Voilà que j'ai vu surgir mon oncle Charles, mort depuis des années. Il m'a barré le passage en disant : " Il faut t'en retourner, tu n'as pas achevé ton ouvrage sur la terre ; retourne sur tes pas maintenant. " Je n'avais aucune envie de repartir, mais je n'avais pas le choix (...). Dans l'instant même j'avais retrouvé mon corps, avec cette douleur affreuse dans la poitrine. Et j'entendais mon petit garçon qui pleurait en disant : " Mon Dieu, fais que maman revienne ! "
En revenant à moi, je n'ai pas arrêté de pleurer pendant toute une semaine parce qu'il me fallait continuer à vivre dans ce monde-ci après avoir entrevu l'autre. Je ne voulais pas revivre.
Le docteur avait constaté ma mort, mais je vivais toujours ; et l'expérience que j'ai traversée ne m'apportait que de la joie, aucune sensation désagréable (...). J'ai eu l'impression d'avoir été rappelée, je dirais presque aimantée, par la puissance de l'amour que me portaient ma soeur et mon mari. Depuis lors, j'ai toujours cru que l'on pouvait ranimer les autres par amour.
11 - Des changements objectifs
Cette dernière caractéristique ne concerne pas une phase proprement dite de l'EMI, mais les répercussions de celle-ci sur le comportement ultérieur de l'expérienceur. Ces répercussions se traduisent essentiellement par une profonde remise en cause des valeurs auxquelles il se référait précédemment. Il en vient par exemple à rejeter l'esprit de compétition et l'individualisme, références dominantes dans nos sociétés, pour leur préférer un modèle plus en harmonie avec ce qu'il vient de connaître : coopération et altruisme. Le sentiment d'unité avec le genre humain éprouvé pendant son EMI pourrait expliquer ce remaniement des valeurs qui le conduit également à pardonner plus facilement à ceux qui lui ont porté préjudice, ou simplement à relativiser celui-ci.
Mais, et ceci est à souligner, cette mutation positive est loin d'être effective dans l'instant qui suit une EMI. Cette évolution ne s'amorce parfois que bien des années plus tard et l'ampleur des transformations reste le plus souvent très modeste. En fait, l'EMI est une aventure qui pour extraordinaire n'en concerne pas moins des êtres ordinaires. Selon leur personnalité, fruit d'un vécu antérieur unique, ils seront plus ou moins réceptifs au potentiel transformateur de leur EMI. Et on ne peut nier que beaucoup se montrent incapables d'en tirer le meilleur profit.
Cependant, si l'on s'en tient au schéma standard, idéal, on notera que les préoccupations matérielles ne constituent plus une priorité pour " l'expérienceur-type ". Touché par la grâce, si l'on peut dire, celui-ci tente d'adopter une espèce de philosophie humaniste renforcée d'une conscience écologique responsable ; dans le sens d'une co-responsabilité individuelle et collective dans la gestion de la planète. Ces changements de repères influent, bien entendu, sur la qualité de sa relation aux autres et n'échappent pas à son entourage.
À l'occasion, cet expérienceur se découvre une soif de connaissances jusqu'alors inconnue, qui l'amènera à se replonger dans un cycle d'études jadis interrompu. La certitude d'avoir possédé, même un bref instant, la connaissance suprême n'est peut-être pas étrangère à ce nouveau goût pour l'étude. La plupart insistent sur la nécessité qu'il y a pour chacun d'acquérir non pas le plus grand savoir, mais le meilleur savoir possible ; l'ignorance ne pouvant que concourir au malheur des hommes. Dans l'ensemble ils se refusent toutefois à jouer les moralisateurs, faisant d'ailleurs preuve d'une grande méfiance à l'égard des modèles dogmatiques. À l'inverse de certains prédicateurs que motive le vedettariat, ils se gardent, hors de rares exceptions, de quelque forme de prosélytisme que ce soit.
Il arrive que des croyances religieuses se voient confortées. Mais ceci ne conduit pas obligatoirement, loin de là, à un renforcement de l'assiduité au culte, pas plus qu'à une adhésion à la doctrine officielle. Il est fréquent que l'expérienceur manifeste une certaine indépendance à l'égard des clergés et de leurs liturgies. Les témoins qui ont vécu les expériences les plus profondes estiment que les religions ont été dénaturées par l'homme, du moins par ceux de ses représentants qui se déclarent les porte-paroles de Dieu. D'après ces mêmes expérienceurs la rigidité des dogmes religieux, facteur d'intolérance, ne correspond absolument pas à une quelconque volonté divine. Si la croyance n'est pas fondamentalement remise en cause, la faveur va plutôt à un syncrétisme libéré des contraintes doctrinales.
Les expérienceurs restent à jamais marqués par leur EMI qui bouleverse leurs conceptions antérieures sur la mort, qu'ils ne redoutent définitivement plus, et donne un sens nouveau à leur vie. Les témoins que j'ai rencontrés m'ont unanimement fait part de la disparition de toute crainte de la mort, quelle que soit la qualité de leur cheminement spirituel ultérieur. La plupart n'ont pas manqué d'ajouter qu'ils ne feraient jamais rien pour précipiter le terme de leur vie, même s'ils conservent une profonde nostalgie de leur EMI et se réjouissent à l'idée de la revivre au dernier jour. Ils estiment que le suicide n'est pas la solution adéquate car le problème qui le motive, bien terrestre, ne sera pas résolu de l'autre côté. Cela étant, pour sortir un peu du schéma type, il faut préciser que les expérienceurs ne sont pas à l'abri d'une telle extrémité, et que la nostalgie de ce paradis entrevu de trop brefs instants est parfois bien mauvaise conseillère. Reste que les cas de suicide ou les tentatives de suicide d'un expérienceur sont tout à fait exceptionnels.
Les questions d'ordre métaphysique sont complètement remaniées : certitude d'un but dévolu à l'existence terrestre et d'une forme de vie après la mort. Qu'ils aient été croyants, athées ou agnostiques, ils estiment désormais que la mort est une simple transition, une brève étape vers un plan d'existence différent. Quelques-uns se souviennent de mots, de formules ou de thèmes ramenés de leur expérience et s'interrogent longtemps parfois sur leur sens.
Ajoutons encore que l'expérienceur se soucie moins du superficiel, il attache plus d'importance au " dedans " des choses plutôt qu'à leur apparence. Pour autant il ne méconnaît pas l'importance de certains détails. Ainsi apprécie-t-il davantage les menus événements du quotidien : un sourire, un regard, un mot agréable, le chant d'un oiseau, le parfum d'une fleur... En bref, il semble être devenu plus respectueux de la Vie, plus tolérant envers ses contemporains, jusqu'à la naïveté quelquefois, et plus attentif à leurs besoins.
Faut-il considérer tous ces changements, parfois radicaux, comme les répercussions du seul phénomène EMI ou résultent-ils, plus simplement, du sentiment d'avoir échappé à la mort ?
Tout porte à croire que c'est sur la base du premier élément que s'établissent les changements qui affectent l'expérienceur. En effet, chez les sujets qui ont échappé à la mort sans avoir vécu d'EMI, les répercussions les plus remarquables diffèrent sensiblement de celles qui viennent d'être énumérées. Ceux-là tendent le plus souvent à se délecter des plaisirs immédiats que procurent les avantages matériels, profitant sans retenue de toutes les opportunités susceptibles de leur apporter une satisfaction dans l'instant. Ce qui est plutôt en opposition avec la philosophie adoptée par l'expérienceur, davantage orientée vers une progression spirituelle, et pour lequel les considérations matérielles se révèlent secondaires.
Il ne faudrait pas en conclure que les expérienceurs se muent en personnages austères ayant opté pour un mode de vie spartiate. Ce n'est pas du tout le cas. Eux-aussi estiment être en sursis et sont loin de renoncer aux petits plaisirs du quotidien. S'ils évoluent davantage dans l'instant, dans le moment présent, ils les savourent de façon différente, sans boulimie, en gourmets. Car pour beaucoup d'entre eux, en effet, le moment présent est fondamental et ils ont souvent beaucoup de difficultés à se projeter dans l'avenir, tout autant qu'à faire émerger certains souvenirs de " l'avant-EMI ".
Leur nouvelle façon de concevoir l'existence n'est pas pour faciliter celle des membres de leur entourage, pour lesquels tous ces changements ne sont pas faciles à accepter ni à gérer. On a évoqué plus haut (Cf. stade 8) la difficulté rencontrée par l'expérienceur, étranger parmi les siens, à se remettre au niveau affectif de ses proches ; les séparations et divorces ne sont pas rares consécutivement à une EMI.
Par ailleurs, il ne met pas en doute la réalité de ce qu'il a vécu et ceci ne va pas sans poser d'autres problèmes encore. Au cours de son EMI, les repères les plus familiers de notre monde physique lui sont apparus sous un aspect totalement différent, insoupçonné. De là son étonnement à l'égard des concepts de temps et d'espace propres à son " voyage ". Les limites temporelles de son EMI lui restent particulièrement incompréhensibles. Le temps ne peut s'y mesurer à l'aune d'une quelconque échelle humaine puisque les événements d'une vie entière s'y déroulent en quelques fractions de seconde. Tout ceci, il le sait, ne reflète guère la cohérence. De plus, si lors de son expérience la notion de durée a été singulièrement modifiée, les autres certitudes " terriennes " ont tout autant été chahutées. Le principe de causalité n'y est plus hégémonique et nombre de nos lois physiques y sont caduques : la gravitation n'a plus cours, l'air n'offre aucune résistance, pas plus que les solides d'ailleurs. Et que dire de cette télépathie sans cesse évoquée ? Le véhicule de la pensée amenant la conscience à destination de façon instantanée.
On comprend mieux, ainsi, que lorsque les expérienceurs tentent de raconter cette incroyable odyssée hors de leur corps et hors de notre espace-temps, ils ne rencontrent, le plus souvent, qu'incrédulité, suspicion ou mépris. C'est pourquoi, très tôt, alors qu'ils brûlent d'envie de témoigner de l'existence d'une autre dimension de l'être, la plupart décident de ne pas se confier. Mais il est probable que cet aspect tendra à s'amenuiser dans la mesure où le phénomène bénéficie progressivement d'une notoriété grandissante. Ce qui est déjà le cas aux Etats-Unis où, à l'inverse d'un vieux continent qui n'en finit pas d'exorciser ses démons moyenâgeux, les EMI y souffrent beaucoup moins des préjugés qui ont cours de ce côté-ci de l'océan. Cela dit, comme on le constate bien souvent, les américains ne sont pas à l'abri des récupérations les plus opportunistes.
Il faut encore signaler la plus intrigante, mais la moins fréquente aussi, des répercussions d'une EMI. Il s'agit du développement soudain, plus ou moins notable, de ces facultés paranormales dont on a déjà eu un aperçu : télépathie, clairvoyance, précognition, rétrocognition et autres pouvoirs de guérison. À ce propos, j'ai l'exemple d'un guérisseur qui, dit-il, est passé par deux fois dans le tunnel, ayant vécu deux expériences de mort imminente à quelques années de distance. Il affirme que celles-ci ont favorisé le développement de ses " dons ", mais n'en signale pas moins l'éventualité d'une origine héréditaire ; tout comme un autre de mes témoins, également guérisseur. En tout état de cause, bien des expérienceurs affirment posséder un sixième sens beaucoup plus développé qu'avant leur EMI et être capables de jauger très rapidement leur interlocuteur. Quelques-uns s'étonnent de leur facilité à deviner une visite impromptue, un appel téléphonique en principe inattendu, les répliques d'un tiers lors d'une conversation, etc.
Une forme de répercussion à connotation paranormale est plus rarement signalée. Il s'agit du sentiment, très réaliste parfois, d'expérimenter des épisodes autoscopiques à la suite d'une EMI. Dans les cas les moins spectaculaires, certains sujets ont l'impression de n'avoir pas complètement réintégré leur corps, comme si une partie de leur conscience demeurait encore à l'extérieur de celui-ci ; cette impression peut persister de quelques jours à plusieurs années après l'EMI. Une " double vie " qui, on le conçoit facilement, rend assez problématique l'adaptation à la réalité quotidienne. Dans les cas extrêmes on a carrément affaire à des sorties intégrales de la conscience hors de l'enveloppe physique. Ce sont alors des phénomènes très réalistes, vécus de manière involontaire ou, plus exceptionnellement, de manière volontaire ; nous y reviendrons ultérieurement au chapitre dédié à l'expérience hors du corps.
Ajoutons, pour conclure cette revue des répercussions d'une EMI, que dans les rapports humains les expérienceurs se font souvent remarquer par une attitude conciliante et modératrice. À l'occasion d'une décision délicate ou d'un litige, il n'est pas rare que l'on fasse appel à leurs qualités de médiateurs, de juges de paix.
· · Depuis lors, on m'a souvent fait remarquer que je produisais un effet calmant sur les gens, agissant de façon immédiate lorsqu'ils se sentent soucieux. Et je me sens mieux accordée avec l'entourage, il me semble que j'arrive à deviner les gens beaucoup plus vite qu'avant.
Un don que je crois avoir reçu à la suite de ma " mort " est que j'arrive à deviner les besoins des autres (...). j'ai presque le sentiment de pouvoir lire leurs pensées sur leur visage.
C'était comme si... je voyais mon mari en même temps qu'une image de nous, cinq ans plus tard. Je nous voyais en compagnie de nos enfants. Et on aurait dit que je voyais et que (pause) je savais (pause) les enfants que j'allais avoir (...). Et j'ai eu deux garçons (...). J'avais vu deux enfants de dos (...). Et elles étaient très nettes (les scènes), pas du tout brouillées.
Depuis mon accident, j'ai souvent l'impression de déchiffrer les pensées et les vibrations qui émanent des gens ; je perçois aussi leurs ressentiments. J'ai souvent été capable de savoir d'avance ce que les gens allaient dire avant qu'ils n'ouvrent la bouche.
J'ignore vraiment combien de temps cela s'est poursuivi. Parfois, quand j'y réfléchis, j'ai l'impression que c'était une éternité.
Ce qu'il y a d'intéressant là-dedans (...) c'est que ça devait se passer en dehors du temps et de l'espace. C'est obligé, parce que le contexte est tout simplement (pause) on ne peut pas le classer dans un genre de chose temporel (...). On ne peut l'associer à aucune notion de temps.
Je n'ai plus peur de mourir (...) encore aujourd'hui même, la mort ne me fait plus peur et je me rends compte que ça (l'EMI) y est pour beaucoup.
Cette expérience a changé ma vie comme d'une simple pichenette. Je me faisais toujours du souci au sujet de la vie : comment la vivre, essayer de rendre la vie plus facile en travaillant plus dur pour gagner plus d'argent (...). J'ai arrêté de faire ça (...). J'ai vu la mort et cela ne me dérange pas. Je n'en ai pas peur. La mort n'est plus quelque chose qu'il faut subir (...). J'ai encore ma vie à vivre. J'en suis très heureux.
Pendant mes 56 premières années, j'ai vécu dans la peur constante de la mort. Je voulais avant tout éviter la mort qui m'apparaissait comme une chose épouvantable. Après cette expérience j'ai compris qu'en vivant dans cette crainte de la mort, je m'empêchais de profiter de la vie.
Vous savez, cette expérience se répercute sur votre vie de tous les jours, et pour toujours. Le seul fait de marcher dans la rue devient une expérience totalement différente, vous pouvez me croire. Avant, je marchais enfermé dans mon petit monde à moi tout en pensant à une foule de petits problèmes. Maintenant, quand je marche dans la rue, je me sens baigné dans un océan d'humanité. J'ai envie de connaître tous les gens que je croise et je suis sûr que, si je les connaissais, je les aimerais.
Docteur, je dois vous avouer que, avant ma crise cardiaque, je n'avais que mépris pour les intellectuels (...), j'ai toujours pensé que les professeurs n'étaient que des paresseux (...), c'est une expérience qui m'a rendu humble. Je ne méprise plus les professeurs. Le savoir est important. Maintenant, je lis tout ce qui me tombe sous la main, vraiment (...). Je suis heureux d'avoir le temps de m'instruire à présent. L'histoire, la science, la littérature, tout m'intéresse.
La chose la plus importante que m'a apprise cette expérience est que je suis responsable de tout ce que je fais. Les excuses et les échappatoires étaient impossibles quand j'étais avec lui en train de revoir ma vie (...). J'ai vu que la responsabilité n'était pas un mal, loin de là (...). Si nous savions ce que nous faisons aux gens quand nous agissons sans amour ! (...) C'est un véritable défi, chaque jour de ma vie, de savoir qu'à ma mort je vais revoir chacun de mes actes et que je ressentirai enfin tout ce que j'ai provoqué chez les autres. C'est sûr que cela m'arrête et me fait réfléchir. Je n'en ai pas peur. Je m'en réjouis.
(Un ancien séminariste) J'ai vu dans cette vision quel âne bâté j'étais avec toute cette théologie, à regarder de haut tous ceux qui n'appartenaient pas à la même religion que moi (...). Beaucoup de gens que je connais vont être surpris quand ils sauront que le Seigneur ne s'intéresse pas à la théologie. Apparemment, il trouve cela plutôt amusant, parce qu'il ne s'intéressait pas du tout à mon appartenance religieuse. Il voulait savoir ce que j'avais dans le coeur, pas dans la tête.
J'avais peur de la mort. Je me souviens que du temps où j'étais jeune femme, quand j'ai eu mes deux enfants, je me réveillais parfois au milieu de la nuit en pleurant, et que mon mari me prenait dans ses bras, parce que cela m'arrivait brusquement au milieu de la nuit (...). Mais j'avais toujours peur de la mort (...). C'était la première fois (au cours de son expérience de mort imminente -- NDA) que je me trouvais face à face avec la mort (...) et je n'avais pas peur. Je me souviens de cette sensation absolument merveilleuse (...). Et je n'ai depuis jamais plus eu peur de la mort.
Je crois vraiment que la mort n'est qu'une étape d'un long cycle continu. Je pense qu'au moment de la naissance, la conscience est introduite dans un corps. Et que l'on grandit, se développe et apprend. Et je crois que l'on essaye d'atteindre -- que l'on en soit conscient ou non --, de développer, un plus grand éveil à une conscience plus vaste. Je pense que chacune de nos morts est comme se dépouiller d'un vieux vêtement pour en revêtir un nouveau, afin que notre conscience progresse de plus en plus jusqu'à devenir une avec celle de Dieu, ou de la Création, ou de quoi que ce soit dont il s'agit. Quelle que soit cette chose immense.
Cette énumération pourrait se poursuivre longtemps encore, tant chaque récit apporte son lot de singularités passionnantes. Mais, on le sait, cet ouvrage n'entend pas se limiter à une compilation de témoignages, fussent-ils des plus captivants. Il vise plutôt à vérifier l'existence d'une relation entre ces phénomènes à l'approche de la mort et l'hypothèse d'une forme de survie de la conscience. Dans cette perspective une question vient tout de suite à l'esprit : le modèle de survie que suggèrent les EMI est-il toujours aussi agréable que celui qui est dépeint dans les précédents témoignages ?
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