Umberto Eco
Vincent Ravalec
René Barjavel
George Orwell
Primo Lévi
Carlos Castaneda
Jonathan Swift
Louis-ferdinand Céline
Richard Dawkins

Umberto Eco, né le 5 janvier 1932 à Alexandrie (Alessandria), Piémont (Italie) est l'auteur mondialement connu de nombreux essais universitaires sur la sémiotique, l'esthétique médiévale, la communication de masse, la linguistique et la philosophie. Il est surtout connu du grand public pour ses œuvres romanesques notament Le nom de la rose, et Le pendule de Foucault, roman hitorico-hèrmétique excellent.
Il est titulaire de la chaire de sémiotique et directeur de l'École supérieure des sciences humaines à l'Université de Bologne.
Consultez quelques extraits de son roman: "Le pendule de Foucault "
Son premier roman, Le Nom de la rose (1980) connaît un succès mondial avec 16 millions d'exemplaires vendus à ce jour et des traductions en vingt-six langues, malgré un contenu dense et ardu. Umberto Eco met en application dans ce « policier médiéval » ses concepts sémiologiques et ses théories du langage, ceux-là mêmes qu'il enseigne à Turin. En 2002, le quotidien La Repubblica le vend comme supplément au journal ; près de 2 millions de livres sont vendus le même jour.
Son deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1988) connaît également un énorme succès, quoique pour des raisons inverses : le public, guidé par Eco, part à la découverte de symboles énigmatiques ou prophétiques, à rebours de la dénonciation de l'ésotérisme qui est pourtant le propos de l'auteur, mais celui-ci démontre par la même occasion que le lecteur est libre de ses interprétations (théorie qu'Eco continue de développer dans ses œuvres théoriques sur la réception, Les Limites de l'interprétation en 1990). Le livre tourne d'ailleurs en ridicule l'interprétation à outrance des faits avérés ou légendaires de l'histoire, en tirant avec un égal succès des dimensions d'un simple kiosque à journaux le même genre d'informations de portée cosmique que certains se croient fondés à lire dans celles de la pyramide de Khéops.
Umberto Eco donne ensuite plusieurs conférences sur ses théories de la narration en littérature, Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs (1996), sur la traduction, Experiences in translation (2000), et sur la littérature, De la littérature (2003).
Tout au long de sa carrière, il écrit régulièrement dans des quotidiens et des hebdomadaires des chroniques sur des sujets de l'heure, avec un souci de « débusquer du sens là où on serait porté à ne voir que des faits ».
Plusieurs recueils, dont seulement certains ont été traduits, regroupent les textes les plus amusants, Pastiches et Postiches (1988) (Diario minimo, 1963) et Comment voyager avec un saumon (1998) (Il secondo diario minimo, 1992). Certains autres recueils regroupent des textes plus polémiques, Croire en quoi (1998), Cinq questions de morale (2000), Islam e occidente (2002).
Parmi ses activités les moins connues, Umberto Eco est membre du Forum international de l'Unesco (1992), de l'Académie universelle des cultures de Paris (1992), de l'American Academy of Arts and Letters (1998) et a été nommé au conseil de la bibliothèque d'Alexandrie (2003).
Sa nomination la plus originale est sans doute celle de Satrape du Collège de 'Pataphysique en 2001.
Toute son œuvre justifie cette nomination, mais ses écrits les plus pataphysiques ne sont pas toujours les plus populaires. Cependant, la troisième partie de Comment voyager avec un saumon expose plus particulièrement de manière ludique et claire quelques-unes de ses recherches sur la Pataphysique.
Il y définit notamment la cacopédie, « perfectionnement ultime de la pataphysique », nous explique scientifiquement pourquoi il est impossible d'avoir une carte à l'échelle 1:1 d'un empire, qu'Héraclite était dans l'erreur, qu'il est possible d'imaginer une machine produisant un travail sans énergie ni matière première, mais que l'inverse est inimaginable.
Il donne encore quelques exemples d’océanographie tibétaine, d’histoire de l'agriculture arctique ou d’anatomie des kangourous de Bourgogne. D'autres domaines, de type byzantins (comme l'histoire des colonies de la principauté de Monaco) paraissent relever de la tétrapilectomie, nom savant de l'art de couper le cheveu en quatre (à ne pas confondre avec la luthomiction, qui est l'art de pisser dans un violon).
Le grand rêve d'Umberto Eco, la raison d'être de son entreprise encyclopédique interminable et décalée, c'est peut-être en fin de compte une bibliothèque imaginaire d'Alexandrie, non pas de l'Alexandrie d'Égypte, mais de sa ville natale du Piémont. Cette ville « sans idéal et sans passion », « sans rhétorique et sans mythe, sans mission et sans vérité » serait comme le lieu originaire, inaccessible d'où l'on peut rire du reste. Pour accéder à cette bibliothèque, il faudrait marcher indéfiniment de page en page.
D'une érudition à donner le vertige, mais restant toujours pédagogue, Umberto Eco est un des auteurs les plus importants de l'Occident contemporain. On lui reconnaît surtout le mérite d'être un vulgarisateur génial. La fascination de son public tient moins à l'originalité de ses idées qu'à sa façon de les rendre accessibles, vivantes, généreuses.
Eco n'est pas qu'admiré, il est également admirateur. Il confesse par exemple la fascination qu'il a ressentie pour le chapitre « Ceci tuera cela », de Victor Hugo, dans Notre-Dame de Paris. Il est vrai que ce chapitre (que Hugo avait cependant écarté de la première édition par égard pour son ami Lamennais) représente un important travail de… sémiologie.


Vincent Ravalec est un écrivain français (1962 - ), né à Paris.Scénariste hors norme, Vincent Ravalec se consacre très tôt au cinéma. Autodidacte, après avoir arrêté ses études à 14 ans, il devient apprenti menuisier puis exerce divers métiers dont celui d'assistant réalisateur et de régisseur de cinéma, jusqu'au début des années 90, où il commence à écrire. Dès la parution de son premier texte, 'Un pur moment de rock'n'roll' , il connaît un vrai succès d'estime. 'Le Cantique de la racaille', prix de Flore 1994, devient un best-seller et un long métrage, qu'il réalise lui-même en 1998 (D'ailleurs, il vaux mieu lire le livre qui est génial, que voir le film qui est .. euh...nul ?? ). En 2002, il écrit encore 'La Merveilleuse Odyssée de l'idiot du toboggan', après avoir réalisé plusieurs longs métrages aux titres aussi surprenants qu'évocateurs, comme 'Portrait des hommes qui se branlent' en 1995, 'Conséquence de la réalité des morts' ou 'Attirance vers le vide'... En 2007 il signe deux autres scénarios, 'Le Goût du sang' et 'Le Roi des Belges'.



René Barjavel est un écrivain et journaliste français (24 janvier 1911 à Nyons (Drôme) - 24 novembre 1985 à Paris).
René Barjavel est principalement connu pour ses romans d'anticipation. Certains thèmes y reviennent fréquemment: chute de la civilisation causée par les excès de la science et la folie de la guerre, caractère éternel et indestructible de l'amour (Ravage, Le Grand Secret, La Nuit des temps, Une rose au paradis). Son écriture se veut poétique, onirique et, parfois, philosophique. Il a aussi abordé dans de remarquables essais l'interrogation empirique et poétique sur l'existence de Dieu (notamment, La Faim du tigre), et le sens de l'action de l'homme sur la Nature. Cet auteur reste extrêmement populaire un quart de siècle après sa disparition. Il est sans aucun doute un des plus grands écrivains français. Consultez quelques extraits de son essai, "La faim du tigre".
« Je suis dévoré par une curiosité qui ne sera jamais satisfaite, je voudrais tout savoir et tout voir. Et par une anxiété perpétuelle concernant le sort de ceux et de ce que j'aime. Et j'aime tout »
René Barjavel, le grand ancien de la SF française
Un constat s'impose : Barjavel est sans conteste « l'autre grand » de la SF francophone avec Jules Verne, et l'un des grands de la SF tout court.
À l'époque (1942) où il publie ses deux premiers romans fantastiques, Barjavel fait figure de précurseur dans le désert qu'est alors la SF française. La science-fiction américaine ne débarque en effet massivement que dans les années d'après-guerre avec les chewing gums et les cigarettes, et il faudra encore de longues années avant que des noms comme Isaac Asimov, Clifford Simak ou même l'ancêtre Howard Phillips Lovecraft (introduit chez nous par le regretté Jacques Bergier) soient connus par plus que quelques mordus, amateurs d'une littérature considérée comme « de masse » par l'establishment littéraire.
Barjavel se lance alors dans la SF à un moment où la science-fiction américaine n'est pas encore débarqué en France. C'est dans les années d'après-guerre qu'elle occupe une place considérable du marché, avec les chewing gums et les cigarettes. Il faudra encore de longues années avant que des noms comme Isaac Asimov, Clifford Simak ou même l'ancêtre Howard Phillips Lovecraft (introduit chez nous par le regretté Jacques Bergier) soient connus par plus que quelques mordus, amateurs d'une littérature considérée comme « de masse » (ou "paralittérature") par l'establishment littéraire.
La science-fiction, genre auquel appartiennent indiscutablement les premiers grands romans de Barjavel parus pendant l'occupation, à savoir le génial Voyageur Imprudent et le grinçant Ravage, n'existe alors quasiment pas en France, sinon sous une forme que l'on pourrait qualifier de « bas de gamme ». Tout comme l'on parlait de « roman scientifique » chez Jules Verne, l'on parle de « roman extraordinaire » chez Barjavel, mais de science-fiction, point. Le terme n'est pas encore utilisé. Néanmoins, si dans ces deux romans écrits et publiés dans un hexagone alors coupé du monde anglo-saxon, manquent certains thèmes classiques, voire certains poncifs de la SF américaine à venir (Barjavel ignore les extra-terrestres, les robots, les super-héros, les voyages spatiaux en fusée ou les « martiens » répugnants), il y développe déjà des idées typiques du déferlement des années 1950 : apocalypse, fin du monde, voyage dans le temps, retour à la barbarie et autres catastrophes imputables à la technologie envahissante.
Barjavel, bien que se démarquant de la littérature de l'époque par ses thèmes fantastiques, est aussi un écrivain de son temps. On a parfois voulu discerner dans Ravage (1943) un écho de l'idée pétainiste du retour à la terre et de la méfiance envers l'urbanisation d'une France encore majoritairement rurale (Barjavel se verra à cet égard reprocher sa signature dans différents journaux de la collaboration tels Je suis partout et Gringoire; il abandonnera néanmoins rapidement cette veine collaborationniste suite au succès de Ravage). En effet, il y décrit, avec un sens aigu de la satire, une civilisation technologique du XXIe siècle (l'action se situe en 2052), assez évocatrice des dessins de Le Corbusier et des illustrations de Science et Vie (voire du concours Lépine...), ramenée au néolithique par la disparition soudaine de l'électricité, qui brutalement met fin au machinisme. Une effroyable décomposition sociale s'ensuit, où la brutalité et la loi du plus fort resurgissent dans les mégapoles en proies aux flammes et à la famine : on est en plein film catastrophe avant la lettre.
Si Barjavel semble nettement se méfier du progrès (notamment dans la scène finale, où le nouveau roi d'un monde revenu techniquement au moyen-âge agricole fulmine contre le ré-inventeur d'une machine à vapeur pourtant très primitive), ces inquiétudes étaient très présentes à l'époque (cf : La France Contre les Robots, de Bernanos, ou encore la catastrophe censée menacer le « monde moderne » selon Guénon). La suite de son œuvre a pourtant montré qu'il n'était pas opposé au progrès, bien au contraire, à tel point que cette scène apparaît plutôt comme une satire de l'obscurantisme.
On comprend les réticences d'un homme de la terre devant l'exode rural qui allait s'intensifier jusque dans les années 70 et transformer la société française de manière irréversible: Ravage n'est-il pas dédié par l'auteur « à mes grand-père paysans » ?
Le Voyageur Imprudent est bien moins « engagé », c'est un chef d'œuvre de fantaisie pure et de cruauté humoristique qui précède en outre les années 1950 dans l'exposition de ce que l'on appelle le « paradoxe temporel ». On oublie en outre souvent que les deux œuvres sont liées, le monde futur très lointain que visite le voyageur du temps étant la suite de la catastrophe de 2052. Barjavel y expose une vision « biologique » de l'avenir de l'humanité, amusante et délirante illustration des thèses évolutionnistes, son voyage en l'an 100 000 n'étant pas, à cet égard, sans rappeler l'an 802 701 du H. G. Wells de La Machine à explorer le temps.
Avec Le Diable l'emporte (1948), la science-fiction barjavelienne s'américanise un peu, puisque le thème de la 3e guerre mondiale, au sortir d'un conflit effroyable terminé dans les flammes atomiques porteuses de fin du monde, sera l'un des favoris de la SF américaine (Dr Bloodmoney, de Philip K. Dick, Le Lendemain de la Machine, de Rayer, Je suis une légende, de Richard Matheson, etc.) dans un monde vivant désormais sous la menace d'une apocalypse guerrière russo-américaine. Mais là encore l'humour noir le plus cruel seconde l'anticipation, et les moyens que l'humanité emploie pour s'autodétruire sont loin de se limiter aux armes nucléaires. Il ne peut non plus s'empêcher, là encore, à travers l'absurde robotisation du « civilisé inconnu » ou les dérapages de l'agriculture industrielle (la poule géante dévorant un stade de football), de se moquer avec cruauté des dérives, très actuelles, de la manipulation du vivant.
Barjavel ira jusqu'à envisager que l'humanité s'est dotée de la bombe atomique par instinct malthusien de limitation de l'explosion démographique, thèse exposée dans La Faim du tigre sur un ton philosophique voltairien au « second degré » dévastateur.
Les années 1960 verront Barjavel très en phase, plus ou moins consciemment, avec les idées de mai 1968, (Les Chemins de Katmandou) qu'il évoque même avant qu'elles ne s'expriment, dans la poignante "Nuit des temps" (ou le thème de la guerre totale est de nouveau exploité), ainsi que dans Le Grand Secret, ou l'on découvre un Barjavel nettement favorable à la libération sexuelle et plutôt libertaire. Il est aussi l'un des rares auteurs de SF (avec Arthur C. Clarke dans La Cité et les Astres) à avoir traité de manière approfondie et spéculative le thème de l'immortalité.
Dans Lettre ouverte aux vivants qui veulent le rester, Barjavel prend clairement position contre le nucléaire civil, ce qui est peu connu aujourd'hui.
Néanmoins, Barjavel ne peut être classé politiquement, l'on peut même dire (les rapports entre la russe Leonova et l'américain Hoover dans La Nuit des temps l'illustrent à merveille) qu'il est l'écrivain apolitique par excellence.
D'un point de vue stylistique, Barjavel surnage nettement au dessus de la production de SF, française ou non. C'est l'un des rares auteurs à n'avoir pas considéré la SF comme une littérature indigne de la qualité exigée de la littérature « standard », et à ce point de vue, le seul auteur de SF qui peut se comparer à lui est Ray Bradbury. Et encore, l'oeuvre de Barjavel étant de loin plus étoffée , plus riche que celle de Bradbury.
« Moi je suis un laboureur. Même pas : je bêche mon chemin motte à motte, je rencontre un ver, une marguerite, un caillou, et chaque fois, je regarde si Dieu n'est pas caché derrière »
Barjavel est un écrivain contemporain. Même dans son âge avancé, il n'a cessé d'écrire, pour signer les plus belles de ses œuvres. Il naît en 1911, à Nyons, dans la Drôme paysanne. Son père boulanger mobilisé pour la guerre, sa mère en remplaçante n’ayant que peu de temps à lui consacrer, l’enfant seul découvre la nature et s'émerveille de ses prodiges, se plonge dans la littérature, grandit dans l’amour d’une mère happée par le travail, et l’affection de sa cousine, Nini. Ce regard d’enfant grave dans sa mémoire des souvenirs intenses qu’il répercute dans son autobiographie La Charrette bleue. Celle-ci est avant tout l’écho de son enfance, et laisse peu de place à sa vie adulte.
Personne ne s’en étonnera, l’enfant est l’homme qui sait encore regarder autour de lui, prendre conscience de chaque chose pour en dénicher les merveilles que tue l’habitude, et faire son bonheur de tout. Barjavel disait n’avoir gardé aucune mélancolie de son enfance, c'est parce qu’il n’en a pas tout perdu, du bonheur incessant de vivre jusqu’aux images fortes des choses les plus simples, qui sont miraculeuses, et éternelles « Elle guettait de nouveau, dragon immobile, au centre de sa rosace, au-dessus de l’eau noire. Je crois qu’elle y est restée des années. Elle y est peut-être encore ». Il s’est attaché à ne pas en perdre la naïveté qui préserve du mal-être de l’âge adulte.
Toute occasion lui est propice à cultiver son bonheur. Dans la vétusté de son appartement, qu’il a choisi du balcon en regardant le ciel, la vie n’est pas toujours simple, mais même les situations les plus difficiles sont occasions à en tirer parti « Mon ami le percepteur me fait parvenir un billet rose. C'est le « dernier avis avant saisie ». Malgré les quelques acomptes que j'ai versés, il me reste à payer une somme effrayante. Bien entendu, je n'ai pas de quoi le payer. Je vais essayer un nouvel acompte. Il paraît qu'il a le droit de saisir même en l'absence du contribuable. Il ne faudrait pourtant pas que, revenant de vacances, nous trouvions la maison vide !... Oh ! et puis, après tout ! Cela simplifierait notre existence. Nous étions bien plus à l'aise avant d'acheter l'armoire ».
À l’école, il se montre médiocre écolier, voué à la succession de son père. Abel Boisselier, professeur de Français, remarque ses qualités dans cette matière et l’exhorte à continuer ses études en lui affirmant son intelligence. Son père ne peut les lui assurer, et le professeur en fait son protégé et le recueille. Le baccalauréat qu’il réussit en 1929 clôt ses études qu’il ne peut poursuivre, faute de moyens financiers. Il entame toute une série de petits boulots, et rencontre Denoël au cours d’une interview, qui l’appelle à ses côtés.
Marié en 1936, père de Renée (Nanou) et de Jean dans les deux années qui suivent, il forge, avec les maladies qui assaillent les enfants-bébés, ses grands thèmes sur la Vie et la médecine, ceux de La Faim du tigre. Il vit mal la guerre qu’il fait dans les zouaves, en désaccord avec la nécessité de la guerre, (et de la guerre par la suite), et révolté contre l’esclavage du soldat et la bêtise militaire. De retour parmi les siens, dans Paris qu’il ne quittera plus, il vit, seul, la libération de la capitale où se confrontent les Allemands en fuite, les jeunes idéalistes du maquis et les voisins devenus justiciers.
Le manque d’argent et l’échec de Le Diable l’emporte sont un début de rupture avec sa carrière de romancier, il s’aventure dans le cinéma. La tuberculose et ses lacunes financières l’empêchent de réaliser Barabbas, pour qui Dieu ne fut qu’un temps. Adaptateur, dialoguiste, le cinéma n’en gardera pas un passage marquant, malgré son empreinte profonde dans de nombreux films, dont les Don Camillo, Les Misérables (de Jean-Paul Le Chanois), Les chiffonniers d’Emmaüs, Le Mouton à cinq pattes, Le Guépard, etc. Avec La Faim du tigre, il croit couronner sa carrière, le ton et la conclusion en gardent cette marque, mais c’est Demain le Paradis, autrement plus optimiste, qui termine l’œuvre de l’auteur qui aura vécu un formidable renouveau depuis cet essai, qui par ailleurs conserve sa place de choix.
Avec La Nuit des temps démarre, comme l’avait prévue Olenka de Veer, sa carrière de grand écrivain. Il se fait chroniqueur au journal du Dimanche (Les libres propos de René Barjavel, qui seront recueillies dans Les Années de la lune, Les Années de la liberté et Les années de l’homme), et parachève son œuvre dans l’esprit qui surpassera désormais toutes les inclinaisons pessimistes, celui de l’espoir.
Il décède le 24 novembre 1985. En 74 ans, il aura parcouru les onze mois de l’année de sa vie : sans avoir apporté les réponses aux grandes questions et angoisses de La Faim du tigre, qui ne l’ont jamais quitté, il a néanmoins bâti tout un modèle de vie, retrouvé l'émerveillement de son enfance, et, auteur philanthropique parmi tous, adopté une position tolérante et de compassion pour la souffrance et l’injustice qui ne l’auront jamais laissé indifférent.

George Orwell, de son vrai nom Eric Blair, est né à Motihari en Inde le 25 juin 1903. Il meurt à Londres le 21 janvier 1950. Auteur d'une œuvre variée, son ouvrage le plus connu est le roman 1984, description satirique d'un univers totalitaire.
Lire son roman: "La ferme des animaux" Description minutieuse d'une révolution.
Eric Arthur Blair est né le 25 juin 1903 à Motihari, Bengale, dans une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie anglaise . Il est le fils de Richard Walmesley Blair, un fonctionnaire de l'administration des Indes chargé de la Régie de l'opium (le commerce de l'opium, essentiellement en direction de la Chine, était à l'époque un monopole d'État) et d'Ida Mabel Blair. Il a deux sœurs, Marjorie (l'aînée) et Avril (la cadette). Il retourne en Angleterre en 1904 en compagnie de sa mère et de sa sœur. Éric ne revoit son père qu'en 1907, lors d'une permission de trois mois accordée à ce dernier, qui ne rejoindra définitivement sa famille qu'en 1911, après sa mise en retraite.
À cette époque, le jeune Éric Blair était déjà pensionnaire de la preparatory school de St Cyprien, qui lui inspirera bien plus tard, dans les années 1946-1947, un récit, qu'il présentera comme étant autobiographique et qui ne sera publié qu'après sa mort : Such, Such were the Joys, dans lequel il décrit quel « épouvantable cauchemar » furent pour lui ces années d'internat . Éric Blair fut néanmoins un élève brillant et travailleur (il passait auprès de ses camarades pour un « intellectuel] »), que ses maîtres motivaient en lui rappelant que c'était à une bourse qu'il devait son admission à St Cyprien.
Signe de son excellence scolaire, Blair obtient une bourse au collège d'Eton, la plus réputée des public schools, où il étudie de 1917 à 1921. Orwell gardera un assez bon souvenir de ces années, durant lesquelles il travaille peu, passant graduellement du statut d'élève brillant à celui d'élève médiocre, et faisant montre d'un tempérament volontiers rebelle (rébellion qui semble-t-il n'est aucunement liée à des revendications d'ordre politique ou idéologique). À cette époque, il a deux ambitions : devenir un écrivain célèbre (il écrit des nouvelles et des poèmes -médiocres- dans une revue du college), et retourner en Orient, qu'il connaît surtout par l'intermédiaire des souvenirs de sa mère.
La (relative) prospérité de la famille Blair était étroitement liée à l'Impérialisme britannique : outre son père, on peut citer l'arrière-grand-père paternel du futur George Orwell (propriétaire d'esclaves en Jamaïque) ou encore son grand-père maternel (marchand de teck en Birmanie). Aussi, même s'il s'agit d'une peu glorieuse conclusion à une scolarité effectuée dans d'aussi prestigieux établissements, est-ce donc tout naturellement que le jeune Eric Blair endosse l'uniforme et retourne aux Indes en 1922 pour devenir sergent dans la police impériale en Birmanie.
La situation sur place est à ce moment, sinon toujours explosive, du moins souvent tendue entre les Birmans et leurs colonisateurs : le nationalisme birman prend alors son essor, marqué par plusieurs mouvements de grève, en général violemment réprimés. La mission des Britanniques est, selon le mot d'un ancien gouverneur adjoint de Birmanie, de « faire régner la loi et l'ordre dans des régions barbares. »
Orwell qualifiera plus tard son temps de service comme ayant consisté en « cinq années d'ennui au son des clairons. » Après avoir effectué ses neuf mois réglementaires à l'école d'entraînement de la police, il connaît six lieux d'affectation différents, en général peu reluisants. Il laissera l'image d'un grand jeune homme taciturne et solitaire, occupant la majeure partie de son temps libre à la lecture. Parmi les anecdotes que l'on peut citer concernant cette période, on notera qu'il aurait un jour assisté à une exécution capitale, ce qui lui inspirera l'essai Une pendaison, « son premier écrit qui témoigne d'un style distinctif et du talent d'Orwell. »
On ne connaît pas non plus avec certitude le détail de l'évolution intérieure qui le fait passer de l'ennui au dégoût de sa fonction comme rouage de l'administration coloniale. Mais il est permis de penser que ces propos de Flory, l'anti-héros d'une Histoire birmane, ne doivent pas être très éloignés de ce que pense le fonctionnaire de police Eric Blair vers 1927 : « Le fonctionnaire maintient le Birman à terre pendant que l'homme d'affaires lui fait les poches »
Quoiqu'il en soit, à la fin de l'année 1927, il jette l'éponge : arguant de raisons de santé (sur lesquelles nous ne savons rien), il rentre en Angleterre, et donne sa démission. Il annonce alors à sa famille qu'il a décidé de se consacrer à l'écriture.
Et, tout au long des vingt-deux ans qu'il lui reste à vivre, il restera un ennemi déclaré de l'Impérialisme britannique.
Il semble qu'Eric Blair n'ait guère eu de dons particuliers pour l'écriture, si l'on en croit le témoignage de ceux qu'il fréquente à l'époque : il travaille donc d'arrache-pied, écrit poèmes sur nouvelles et multiplie les ébauches de romans.
En parallèle, à l'automne 1927, il explore les bas-fonds londoniens, enquêtant sur les conditions de vie des plus démunis, les suit sur les routes et dans les sinistres asiles de nuit : il espère en tirer la matière d'un ouvrage sur les conditions de vie des pauvres, et il tente par là d'exorciser la culpabilité qui le ronge d'avoir « été l'exécutant d'un système d'exploitation et d'oppression » en Birmanie.
Au printemps 1928, il décide d'aller s'installer à Paris (où vit l'une de ses tantes) pour écrire. Il y reste dix-huit mois, au cours desquels nous ne savons pas grand chose de ce qu'il a fait, si ce n'est qu'à l'automne 1929, à court d'argent et après avoir donné quelques leçons d'Anglais, il fait la plonge durant quelques semaines dans un hôtel de luxe de la rue de Rivoli. Durant cette période, il publie épisodiquement des articles dans des journaux communistes (tel que Le Monde, hebdomadaire dirigé par Henri Barbusse). De la quasi-totalité de ses écrits de cette période, il ne reste rien. Il retourne en Angleterre en décembre 1929, juste à temps pour passer les fêtes de Noël avec sa famille. Fauché, n'ayant rien publié de prometteur, sa santé mise à mal par une pneumonie contractée l'hiver précédent, l'équipée parisienne apparaît comme un fiasco intégral.
Il reprend son exploration des bas fonds de la société anglaise au printemps suivant, partageant la vie des vagabonds et des clochards, tantôt quelques jours, tantôt une semaine ou deux. Mais il est contraint de mettre un terme à ses expéditions quelques mois plus tard : il n'a plus les moyens financiers suffisants pour poursuivre ses vagabondages !
Il se décide à accepter un poste d'enseignant dans une école privée, dans une petite ville où il s'ennuie (Hayes, dans le Middlesex). Il en profite pour achever Dans la Dèche à Paris et à Londres, qui parait au début de l'année 1933. C'est à cette occasion qu'il prend le pseudonyme de George Orwell. Même si les critiques sont bonnes, les ventes sont médiocres. Qui plus est, l'éditeur d'Orwell (Victor Gollancz) craint le procès en diffamation pour Une histoire birmane (dont la rédaction est achevée à l'automne 1934) qui pour cette raison est tout d'abord publié aux États-Unis. À cette période, Orwell s'enthousiasme pour l'Ulysse de James Joyce et contracte une nouvelle pneumonie, qui l'oblige à abandonner sa charge d'enseignant (ou plutôt, qui l'en libère).
À la rencontre du prolétariat
À la fin de l'automne 1934, Orwell termine dans la douleur la rédaction de son deuxième roman, A clergyman's daughter, dont il se montre peu satisfait : « C'était une bonne idée, explique-t-il à un de ses correspondants, mais je crains de l'avoir complètement gâchée. » Là encore, la précision des références aux lieux et à des personnages réels fait craindre à Victor Gollancz que l'ouvrage ne soit poursuivi en diffamation. Il se décide toutefois à le publier, assorti de corrections mineures, au début de l'année 1935.
Entre temps, Orwell s'est installé à Londres, où il trouve un emploi à la librairie « Booklover's Corner », dans le quartier d'Hampstead, « qui était, et demeure, un quartier d'intellectuels (réels ou prétendus) ». Il rencontre Eileen O'Shaugnessy, qu'il épouse en juin 1936. Orwell a auparavant publié un autre roman, « le dernier de ses livres consciemment "littéraires" », selon Bernard Crick : Et vive l'aspidistra !, et surtout il s'est rendu dans le nord de l'Angleterre où, pour honorer une commande que lui a passée Victor Gollancz, il a étudié les conditions de vie des mineurs des régions industrielles. Il tire de ce reportage un livre : Le Quai de Wigan, qui sera publié alors qu'Orwell sera en Espagne. Très polémique dans sa seconde partie, dans laquelle l'auteur analyse les raisons de l'échec de la gauche à gagner les classes laborieuses à la cause socialiste, il parait avec une mise au point hostile de Victor Gollancz qui, initiateur du projet, se désolidarise de son aboutissement.
Cette rencontre avec le prolétariat des régions minières marque surtout la « conversion » d'Orwell à la cause socialiste.
Orwell en Espagne
Fin 1936, alors que fait rage la Guerre d'Espagne qui met aux prises les Républicains avec la tentative de coup d'État militaire menée par le « Caudillo », Francisco Franco, Orwell et son épouse rejoignent, par l’intermédiaire de l’Independent Labour Party, qui leur a remis des lettres de recommandation , les milices du POUM , après un bref détour par Paris, où Orwell rend visite à Henry Miller, qui tente en vain de le dissuader de se rendre en Espagne.
Orwell, à son arrivée à Barcelone, est fasciné par l'atmosphère qu'il y trouve : lui qui l'année précédente se désolait ne pouvoir rompre la barrière de classe qui sépare le bourgeois qu'il est de ces prolétaires qu'il était allé rencontrer , empêchant toute rencontre véritable entre les uns et les autres, découvre là une société dans laquelle cette barrière, à ce qu'il lui semble, est en train de s'effondrer. Les milices du POUM, notamment, dans lesquelles il est nommé instructeur (grâce à l'expérience acquise dans ce domaine lors de ses années birmanes), lui apparaissent comme étant « une sorte de microcosme de société sans classes. »
Après avoir passé quelques temps sur le front d'Aragon, Orwell retourne à Barcelone, où il participe aux « troubles de mai » qui opposent les forces révolutionnaires au gouvernement catalan et au PSUC et qui verront la victoire de ces derniers. Il retourne au front où il est blessé à la gorge. Démobilisé, contraint de quitter clandestinement l'Espagne pour ne pas être arrêté (le POUM, dénoncé comme un « parti fasciste » par la propagande du PSUC, est déclaré illégal le 16 juin 1937), Orwell et son épouse gagnent la France, d'où ils rejoignent l'Angleterre.
Orwell, à son retour à Londres, est atterré par la manière dont les intellectuels de gauche (en particulier ceux qui appartiennent ou sont proches du parti communiste) rendent compte de ce qui se passe en Espagne, et notamment par les calomnies répandues sur le compte du POUM, systématiquement accusé d'être, ou bien une organisation fasciste, ou bien une organisation manipulée par les fascistes : c'est dans l'optique de rétablir la vérité quant aux évènements dont il a été témoin qu'il entreprend alors de rédiger son Hommage à la Catalogne qu'il fait paraître, avec quelques difficultés, en avril 1938. À partir de ce moment, écrira-t-il en 1946, « tout ce [qu'il] a écrit de sérieux [...] a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique ».
Alors que la menace d'un nouveau conflit européen se fait de plus en plus précis, Orwell défend une position anti-guerre et critique l'antifascisme des Fronts Populaires : cette guerre ne servirait, selon lui, qu'à renforcer les impérialismes européens, qui ont beau jeu de se présenter, face à la menace fasciste, comme des démocraties, alors qu'ils exploitent sans vergogne « six cent millions d'êtres humains privés de tous droits»
Quelques mois plus tard, pourtant, il change radicalement sa position sur le sujet : alors que le Parti communiste (qui appelait auparavant à la lutte contre les dictatures fascistes) se découvre pacifiste à la suite du Pacte Germano-Soviétique, Orwell, dans le même temps, découvre que, dans le fond, il a toujours été un patriote ».
Contrariant le désir qu'il avait de s'engager dans l'armée, sa faible santé le fait réformer. Malgré celle-ci, il s'engage en 1940 dans la Home Guard (milice de volontaires organisée par l'État et créée dans le but de résister à l'invasion nazie dans le cas où les allemands parviendraient à débarquer en Grande-Bretagne.) Par ailleurs, en 1941 il est engagé comme producteur à la BBC, diffusant émissions culturelles et commentaires de guerre à destination des Indes.
Parallèlement à ces activités, Orwell envoie régulièrement des articles (les Lettres de Londres) à la revue américaine d'inspiration trotskiste The Partisan Review.[38] En effet, le patriotisme dont il fait montre depuis le début de la guerre ne lui a pas pour autant fait abandonner ses aspirations révolutionnaires. Bien au contraire, il estime que la victoire de la Grande-Bretagne sur les dictatures fascistes passera nécessairement par la révolution sociale en Angleterre, révolution dont il voit les signes avant-coureurs dans le mécontentement croissant des classes populaires face aux privations dues à l'état de guerre (et qui ne frappent pas les couches supérieures de la société) et aux revers militaires de l'armée anglaise, revers causés selon lui par l'incurie des dirigeants militaires et politiques. De ce point de vue, la Home Guard lui apparaît comme étant ce peuple en armes qui renversera, au besoin par la force, le pouvoir en place avant de défaire les armées hitlériennes (il développe ces points de vue dans son essai intitulé Le Lion et la Licorne, qui parait en 1941 dans la collection Searchlight, dont il est le co-fondateur.)
En novembre 1943, Orwell démissionne de son poste à la B.B.C.Il devient alors directeur des pages littéraires de l'hebdomadaire de la gauche travailliste The Tribune, et entame la rédaction de La Ferme des animaux.
Orwell achève l'écriture de La Ferme des animaux en février 1944. L'ouvrage ne paraîtra pourtant qu'un an plus tard, en août 1945. Entretemps, le livre a été refusé par quatre éditeurs : la mise en cause radicale de l’URSS était prématurée, à un moment où les hostilités contre l'Allemagne hitlérienne n'étaient pas encore achevées.
En 1945 toujours, Orwell, qui a démissionné de son poste au Tribune, devient envoyé spécial de The Observer en France et en Allemagne , où il est chargé de commenter la vie politique. Il est à Cologne, en mars, lorsqu'il apprend que sa femme, atteinte d'un cancer, vient de mourir. Il rentre à Londres et entame la rédaction de ce qui va devenir son œuvre la plus célèbre : 1984.
En parallèle, à partir d'août 1945, il devient vice-président du "Freedom Defense Committee" (présidé par le poète anarchiste Herbert Read), qui s'était fixé pour tâche de « défendre les libertés fondamentales des individus et des organisations, et pour venir en aide à ceux qui sont persécutés pour avoir exercé leurs droits à la liberté de s'exprimer, d'écrire et d'agir. » Orwell soutiendra le comité jusqu'à sa dissolution en 1949.
En cette même année 1949, il publie 1984, qu'il a achevé à la fin de l'année précédente, et il épouse en secondes noces Sonia Brownell le 13 octobre, alors que, gravement malade de la tuberculose, il a été admis le mois précédent à l'university college Hospital de Londres, où il prend des notes en vue d'un futur roman.
Il meurt le 21 janvier 1950 des suites d'une tuberculose.
Orwell est enterré dans le petit cimetière de l'église de Sutton Courtenay, près d'Abingdon dans l'Oxfordshire, bien qu'il n'ait aucun lien avec ce village. Il avait pourtant laissé comme instructions : « Après ma mort, je ne veux pas être brûlé. Je veux simplement être enterré dans le cimetière le plus proche du lieu de mon décès. » Cependant, il est mort au centre de Londres et aucune des églises londoniennes n'avait assez de place pour l'enterrer. Ainsi, craignant que son corps soit incinéré, sa veuve, Sonia Brownell avait demandé à tous ses amis de contacter le curé de leur village d'origine pour voir si leur église conviendrait pour ce faire. C'est ainsi qu'il fut, par pur hasard, enterré à Sutton Courtenay.
Sur sa tombe ces simples mots :
Sans aucune mention ni à ses œuvres, pourtant déjà célèbres à l'époque, ni à son nom de plume : « George Orwell. » Après sa mort, sa veuve a publié une collection de ses articles, essais, correspondance et quelques nouvelles : Collected Essays, Journalism, and Letters (1968).
The Complete Works of George Orwell (vingt volumes), première édition des œuvres complètes d'Orwell, a été achevée de publier en Angleterre en 1998.
Plusieurs des romans et nouvelles de George Orwell ont été adaptés pour le cinéma et la télévision après sa mort :



Primo Levi est un chimiste et écrivain italien, survivant d'Auschwitz .(1919-1987)
Lire des extraits de son livre: "Si c'est un homme." Decription de la vie quotidienne dans un lager (Auschwitz)
Il est né à Turin le 31 juillet 1919, dans une famille de la petite bourgeoisie ayant des origines juives, et s'est suicidé à son domicile à Turin le 11 avril 1987.
En 1942, il obtient un diplôme de chimie à Turin. Il entre dans la résistance, mais son groupe n'est guère organisé, et son expérience dans ses rangs est très brève et se solde par son arrestation le 13 décembre 1943 à Brusson, dans le Val d’Aoste, dans une rafle de la milice fasciste. De là il fut dirigé vers le camp de concentration italien de Fossoli. En février 1944, il est livré aux Allemands parce qu'il était juif. Il est déporté à Auschwitz III ou Monowitz, situé à six kilomètres du camp principal,où il reste jusqu'à la libération du camp par les Russes en janvier 1945.
Après la fin de la guerre, il épouse Lucia Morpurgo, dont il aura deux enfants. Il travaille dans une entreprise de chimie (peinture et vernis) dont il devient le directeur, et où il reste jusqu'à la retraite. Il commence à écrire dès 1947.
Son premier ouvrage, Si c'est un homme, a frappé les esprits en étant publié très peu de temps après la fin de la guerre. Il consiste principalement en un récit de la survie de son auteur dans les camps de concentration et en une première analyse de la terrible situation à laquelle les prisonniers y étaient soumis, qui l'amène à affirmer que : « Le seul fait qu'un Auschwitz ait pu exister devrait interdire à quiconque, de nos jours, de prononcer le mot de Providence ». Le livre fut longtemps méconnu avant d'être considéré aujourd'hui comme un chef d'œuvre. Ce livre a notamment été écrit pour survivre à son passé, à la douleur et à la souffrance qui le suivait.
Son œuvre est également largement composée de nouvelles mi-réalistes, mi-fantastiques, souvent imprégnées de souvenirs de sa vie de concentrationnaire, de juif italien ou de chimiste.
Il décède à Turin le 11 avril 1987.
En fait, Primo Levi a commencé à écrire Si c'est un homme en décembre 1945. Il a été libéré en janvier, mais n'est arrivé à Turin qu'en octobre de la même année, et il a écrit Si c'est un homme 2 mois après...

Auteur américain, Carlos Castaneda est né le 25 décembre 1925 à Cajamarca au Pérou et mort le 27 avril 1998. Il est étudiant en anthropologie à l'université de Los Angeles en 1960 lorsqu'il aurait fait la rencontre de Don Juan Matus (pseudonyme), un Indien se présentant comme Yaqui, dont il devint l'élève. L'ensemble de son œuvre découle des expériences et enseignements tirés de cette rencontre, dont la réalité est aujourd'hui encore vivement discutée.
Lire des extraits de ses oeuvres
La propre vie de Castaneda est mal connue, celui-ci l'ayant entourée d'une aura de mystère. Il prétend être né à Sao Paulo, au Brésil en 1931, avoir passé la plus grande partie du début de sa vie en Argentine, avant de se rendre aux États-Unis pour suivre des études d'anthropologie. En fait, les documents du bureau de l'immigration disent qu'il est né à Cajamarca, au Pérou. Selon Castaneda, sa mère serait décédée lorsqu'il avait 22 ans et son père, César Arana Burungaray, aurait été joaillier, ou homme politique. Des journalistes du magazine américain TIME ont pourtant retrouvé les parents de Castaneda au Pérou. Ceux-ci connaissaient parfaitement sa date de naissance, ainsi que l'histoire de leur famille, contrairement aux affirmations de Carlos Castaneda. Sa mère décrit son fils comme un "gros menteur" dans son enfance. Carlos Casteneda suit des cours à l'académie des Beaux-Arts de Lima, puis se lance dans les arts plastiques. Il affirme avoir quitté son pays pour la Californie afin de fuir une Chinoise qui fumait de l'opium. Il prétendit aussi avoir été membre des "Special Forces" américaines, ce qu'aucun document n'a jamais corroboré. D'après le TIME, Castaneda aurait eu une fille naturelle avant son départ du Pérou.
Carlos Castaneda obtient un doctorat en anthropologie à l'université de Los Angeles en 1970.
Carlos Castaneda a écrit douze livres autobiographiques qui racontent son expérience de la sorcellerie indienne sous la conduite du sorcier toltèque Yaqui Don Juan Matus. Ses livres relatent non seulement des éléments autobiographiques, mais sont considérés par certains comme un réel vecteur de l'enseignement chamanique de la tradition toltèque. À l'écoute de son maître, Carlos Castaneda prend note de la leçon initiatique d'une culture qu'il suppose être celle partagée par l'ensemble Yaquis (il pondérera son propos dans la préface du 'Voyage à Ixtlan').
Ses ouvrages connaissant un immense succès, furent l'occasion d'une vulgarisation d'une certaine forme de la pensée chamanique. Cependant, le langage éminemment symbolique retranscrit par Castaneda d'après les paroles du fameux chamane toltèque reste particulièrement métaphorique, et Carlos Castaneda ne sut en désceller ni la structure, ni le système qui en fonde l'ontologie.
A partir du milieu des années 1980, Carlos Castaneda transmet « les Passes Magiques », un aspect de la connaissance des chamanes du Mexique ancien jusque-là inconnu, et récusé par les indiens eux-mêmes. Cette partie de son œuvre, ainsi que les ouvrages qu'il publiera dès lors, sont extrêmment controversés au sein même de la communauté de ceux qui prêtent foi au contenu de son œuvre antérieure.
De nombreuses personnes ont essayé de rencontrer Castaneda. Adresse inconnue, photos interdites, il existe de lui quelques photos et dessins dont l'authenticité est toujours mise en doute. Il existe quelques très rares interviews, mais certains s'accordent à dire qu'elles étaient minutieusement orchestrées, et que leur but était moins le projecteur sur le personnage que la clarification de la doctrine. D'autres essayent même de l'atteindre par son plan métaphysique [1].
Castaneda est d'abord mort le 27 avril 1998, selon la presse ; qui précise plus tard, « autour du 27 avril 1998. » Il existe une incertitude de 3 jours autour de la date de sa mort, le corps aurait même disparu pour finir par être retrouvé. Le tout annoncé officiellement le 19 juin 1998, un mois et demi plus tard. Ce flou serait dû à l'existence d'un fils qui aurait demandé un black-out pour raisons testamentaires. Le corps est incinéré, et ses cendres sont dispersées au-dessus du désert mexicain dans la plus grande discrétion et à l'étonnement général. Le Los Angeles Times dira qu'il est mort comme il vivait « dans le calme, le secret et le mystère. »
Dans ses ouvrages, Carlos Castaneda fait le récit de son initiation, par un certain don Juan Matus, aux concepts des chamans du Mexique ancien. Pendant plus de dix ans, il aurait rendu de nombreuses visites au sorcier et à son clan, constitué d'hommes et de femmes tous impliqués entièrement dans la quête d'un but abstrait défini par les « voyants » de leur lignée : la liberté absolue ou la possibilité de conserver intacte leur conscience dans l'au-delà.
Carlos Castaneda décrit son immersion dans le monde de don Juan sur une longue période - période qui trouve son paroxysme au moment où don Juan Matus et son clan décident de quitter ce monde, laissant derrière eux une nouvelle génération d'apprentis, à leur tour entièrement impliqués dans la quête de la liberté absolue.
Le résultat de cet apparent effort de reconstitution et de clarification est à présent connu sous deux formes : ses ouvrages (dont une partie considérable s'est avéré être un plagiat composite), puis la pratique très controversée de la Tenségrité.
Ses ouvrages font état d'une philosophie (voir ci-dessous) dont l'objet est la quête de la Connaissance, déterminisme d'ordre ésotérique qui apporterait au sorcier des pouvoirs inconnus au commun des mortels, dont à terme celui de l'immortalité. À la fin de son apprentissage, et conformément à une très antique tradition, consécration qui confirme la réussite des adeptes, Casteneda doit sauter dans un ravin, selon la trame de l'enseignement du nagual : « Si tu n'as pas réussi à assembler un autre monde avant d'arriver au fond, tu es mort. »
Dans le courant des années 1980, Carlos Castaneda et trois femmes, tous prétendûment apprentis de don Juan Matus, décident de diffuser, pour quiconque était sincèrement intéressé, un des pans de la connaissance des chamans : les « passes magiques ». Selon Carlos Castaneda, ces passes magiques sont la modernisation de « mouvements » découverts et développés par les chamans du Mexique ancien durant des milliers d'années. Ces mouvements furent regroupés par Carlos Castaneda sous le titre Tenségrité, terme issu de l'architecture qui combine les mots tension et intégrité. À sa mort, un nombre important de sociétés commerciales revendiquèrent la légitimité d'enseigner la tenségrité. Aujourd'hui la société Cleargreen, fondé par Carlos Castaneda lui-même, est chargée d'enseigner la Tenségrité.
Une vaste polémique fait rage depuis des décennies sur l'authenticité du récit de Castaneda. Supposée être une autobiographie, et présentée comme telle, de nombreuses voix se sont élevées en criant à l’imposture. L’œuvre ne serait que le roman d’un écrivain facétieux dont la seule qualité serait une imagination illimitée. Il serait très long d'énumérer tous ses détracteurs, ainsi que tous ses défenseurs. Si des éléments restent bel et bien invérifiables (Castaneda présente son "travail d'anthropologue" d'une façon qui se départit trop fortement des précautions et de la rigueur de l'anthropologie traditionnelle), il existe de très forte présomption de fraudes et de mystifications, résumées par Christophe Bourseiller dans son ouvrage "'La vérité du mensonge'".
L'acteur, poète et réalisateur chilien Alexandro Jodorowski tranche le débat d'une façon facétieuse et élégante : soit les récits sont vrais, et Castaneda est un grand initié, soit il a tout inventé, et alors c'est un génie littéraire.
Dans les années 1970, Castaneda, est considéré par certains comme le messie d'une nouvelle religion, et est crédité d’une œuvre naissante cautionnant l’usage des substances psychédéliques, à la manière d'Antonin Artaud, d’Aldous Huxley ou de Timothy Leary. De nombreuses personnes partent donc vers le Mexique central, à la recherche de Don Juan, son maître à penser et inspirateur. Le pays est ratissé pendant des années, l’homme reste introuvable.
Un témoignage de poids viendra un temps alourdir cette présomption de farce. Une femme, se présentant comme l'ancienne compagne de Castaneda, viendra cautionner l’hypothèse de l’imposture . Analysé par certains spécialistes de la biographie de Castaneda, le témoignage particulier de cette femme aurait finalement été considéré comme fébrile, contradictoire, et d’intérêt personnel .
Comme l'a largement démontré Richard deMille,de nombreux passages des récits de Carlos Castaneda se sont avérés être des plagiats de travaux sérieux d'étudiants ou d'anthropologues de l'UCLA.Le problème n'est pas seulement que les idées étaient semblables d'un ouvrage de Castaneda à celui d'un auteur antérieur : des paragraphes entiers contiennent des phrases quasiment identiques, dans leur découpage comme dans leur syntaxe. Par exemple les "Quatre ennemis d'un homme de connaissance" de Castaneda sont presque certainement volés d'un livre de Barbara Myerhoff, publié quelques années auparavant.
Le désert sonoran relaté dans les œuvres de Carlos Castaneda ne ressemble que très vaguement au vrai désert (Castaneda ne mentionne jamais certains animaux - insectes de Peyotl, cochons sauvages - qui sont pourtant partout) et le comportement des animaux n'est pas juste (les souris crient sans être blessées pour attirer un puma...).
Les ouvrages de Carlos Castaneda ayant été un immense succès commercial, celui-ci s'est vu accuser d'exploiter un "filon" initialement très mince. Les écoles relatives aux enseignements de Castaneda, notamment celles sur la tenségrité, prolifèrent après sa mort. Cette phase commerciale (certains tarifs pratiqués sont astronomiques) accrédite à nouveau la thèse de l'imposture. Mais les défenseurs ont des arguments ; les stages ne sont qu'une récupération étrangère, à but essentiellement lucratif, non conformes à l'esprit de l'œuvre car calqués sur un yoga américanisé.
De très nombreuses incohérences temporelles apparaissent lors d'une analyse interne de l'œuvre de Castaneda. Il n'est pas possible que les livres L'Herbe du diable... et Le Voyage à Ixtlan soient vrais en même temps. De fait, l'un de ces récits au moins contient une certaine part d'invention, dépassant les simples contraintes de la forme romanesque.
Les quelques exemples suivants sont tirés du livre de Richard de Mille, Castaneda's Journey.