Le yéti

LE YETI, OU L'ABOMINABLE HOMME DES NEIGES DE L'HIMALAYA

Le yeti, créature légendaire des montagnards sherpas du Népal, a été affublé du sobriquet triplement ridicule d'abominable Homme-des-Neiges : il n'a rien d'effrayant (il est même au contraire plutôt timide, le bruit suffisant à le mettre en fuite), ce n'est certainement pas un homme, et il ne vit pas dans la région des neiges éternelles !

1) Quelques témoignages

Le père du Sherpa Tensing Norkay, vainqueur de l'Everest avec Sir Edmund Hillary, observa durant l'entre-deux guerres un yeti sur le Barun glacier, près du Makalu (un des pics de plus de 8000 mètres) :

"Il ressemblait à un singe de 4 pieds de haut [1,20 m], sauf que ses yeux étaient profondément enfoncés et que sa tête était pointue au sommet. Sa couleur était grisâtre. L'homme comme le singe prirent peur. L'homme-des-neiges se retourna, émit un long sifflement, et disparut."

En 1970, Don Whilans conquit la face sud de l'Annapurna et photographia des empreintes mystérieuses à 4000 m d'altitude dans le Népal. La nuit venue, sirtant la tête de sa tente,il vit une créature qui ressemblait à un grand singe "se déplacant à quatre pattes" en suivant le sommet d'une crête.

En décembre 1972, l'expédition Arun Valley Wildlife reconnaissait les les hauteurs inexploréesvdu mont Kongmaa. Le 17,quatres membres de l'expédition campaient à environ 3600 mètres d'altitude. La neige qui entourait les deux tentes était dure et il n'y avait aucune autre trace  de pas que les leurs. Le lendemain, avant l'aube, des empreints fraiches passaient entre les deux tentes.

2) Canulars

- Les fameux "scalps" de yeti (figure 1) conservés dans des monastères népalais, comme celui de Pangbotchi, sont en réalité fabriqués par les sherpas à partir de la peau et des poils du garrot d'une chèvre sauvage locale, le serow (Naemorhedus sumatraensis), ainsi que l'a démontré Bernard Heuvelmans en 1961. Ils s'en servent lors de cérémonies pour jouer le rôle du yeti, après avoir couvert leur tête avec ce scalp.


Figure 1 :
"scalp" du monastère de Pangbotchi
(d'après Ralph Izzard 1955).

- Une prétendue "observation" d'un yeti a été publiée par le lama tibétain T. Lobsang Rampa dans son ouvrage The third eye (le troisième oeil). Il convient de préciser qu'au Tibet, l'homme-des-neiges est appelé migö (le mot de yeti n'est connu que des Sherpas du nord-est du Népal), et surtout le prétendu "lama" en question n'était qu'un plombier anglais, qui n'a jamais mis les pieds au Tibet...

4) Indices matériels

- Des traces de pas attribuées au yeti ont été suivies à plusieurs reprises (Eric Shipton 1951, abbé Bordet 1955, Daily Mail 1955, McNeely et al. 1972, etc.), parfois sur plusieurs centaines de mètres : elles sont typiquement bipèdes, et ne peuvent avoir été faites que par un primate inconnu. Chose étonnante, ces traces ne révèlent que quatre orteils (Ralph Izzard 1955, abbé Bordet 1955, Tom Slick 1957, Alastair Cram 1960, Peter Taylor 1964, Akira Namba et Hiroshi Matsushita 1974) : soit que le yeti ne possède réellement que quatre doigts, ce qui serait une donnée capitale pour la primatologie ; soit que les orteils II et III soient si proches l'un de l'autre, disposés sur une même éminence charnue (comme cela existe aussi parfois chez l'homme moderne), que les traces semblent ne montrer que quatre doigts.

- Des excréments ont été découverts associés à des pistes de yeti : l'étude parasitologique a révélé la présence de trois espèces de parasites intestinaux encore inconnues de la science, démontrant que leur hôte est lui-même inconnu !

- Des poils attribués au yeti obtenus par René de Milleville ont été étudiés par Michel Tranier, du Muséum National d'Histoire Naturelle, pourtant très réservé quant à la cryptozoologie : il s'agit de "poils d'un primate roux proche de l'orang-outan", sans qu'ils appartiennent à ce dernier...

4) Analyse cryptozoologique

Le dossier de l'homme-des-neiges himalayen est assez complexe, car il se base sur trois types bien distincts de primates, dont l'aire de répartition se recoupe quelquefois : un être de taille modeste, le "petit yéti" (voir son portrait-robot ci-dessous), qui est certainement le plus célèbre et vit essentiellement au Népal, au Sikkim et dans le nord de l'Inde ; un être de très grande taille (plus de deux mètres), le "grand yéti", signalé principalement en Chine du sud (yeren), en Indochine et en Indo-Malaisie, qui est sans doute apparenté au gigantopithèque ; enfin un homme sauvage véritable, appartenant sans conteste au genre Homo, dont l'aire de répartition est bien plus considérable, puisqu'elle couvre une grande partie de l'Asie depuis le Caucase jusqu'à l'Indochine, et englobe notamment le Pamir, l'Indu Kush, le Cachemire, l'Altai (Mongolie), le Tibet, etc.

Pour ce qui est du "petit yéti", le portrait-robot que l'on peut tracer à partir de la centaine de témoignages de première main que l'on possède (venant surtout de montagnards himalayens, mais aussi de quelques alpinistes occidentaux), est celui d'une créature humanoïde, couverte d'une épaisse toison rousse, dont la taille se situe entre 1,40 m et 1,70 m (elle est souvent comparée à celle d'un garçon de 12 à 14 ans). Les bras sont longs, atteignant les genoux lorsque l'animal les tient le long du corps. La caractéristique la plus frappante est toutefois sa tête pointue (en forme de pain de sucre ou d'obus), qui a été popularisée notamment par Hergé dans Tintin au Tibet. On la retrouve sur les fameux "scalps" à l'effigie du yeti, comme celui du temple de Pangbotchi (voir ci-dessus).
Le yeti se déplace généralement en position bipède, mais dès qu'il veut courir (par exemple quand on le fait fuir), il se met sur ses quatre pattes. Le caractère bipède du yeti est du reste attesté par les fameuses pistes qui lui sont attribuées, relevées à de nombreuses reprises dans l'Himalaya. Les pistes (figure 2) relevées notamment par l'abbé Pierre Bordet (1955) sont typiquement bipèdes, et ne peuvent en aucun cas être "expliquées" par des empreintes de pas de langur (un petit singe quadrupède de l'Himalaya), d'ours ou de tout autre mammifère, qu'elles aient été ou non modifiées par des phénomènes de fusion de la neige : on y voit en effet très nettement une alternance régulière pied droit - pied gauche, caractéristique d'une marche bipède, et ce, sur des centaines de mètres.


Figure 2 :
piste de yeti au Makalu (d'après Bordet 1955) :
noter l'alternance régulière pied droit - pied gauche, typiquement bipède.

L'habitat du yeti n'est pas situé dans les neiges, contrairement à une croyance répandue entretenue par son surnom, mais dans les forêts de rhododendrons des hautes vallées de l'Himalaya : c'est toujours en bordure de telles forêts qu'il est observé. Leur exploration est des plus difficiles, l'homme ne pouvant y progresser que de 100 mètres à l'heure ! Elles sont hélas en voie de destruction rapide du fait de l'explosion démographique et des besoins en bois pour le chauffage domestique.

Le régime alimentaire du yeti, tel qu'on peut le déduire des témoignages, est omnivore : on l'a vu dévorer des pikas (sortes de marmottes), des lichens, des fruits et des baies, du foie de yack, et même du chocolat et des biscuits pris à des alpinistes ! Ce régime omnivore est d'ailleurs confirmé par l'étude des excréments trouvés le long des pistes de yeti.

Le comportement du yeti évoque irrésistiblement celui d'un singe : "la manie de se gratter, celle de découvrir largement les dents par mesure d'intimidation, un goût pervers de la destruction, ou encore le fait de manifester une colère impuissante en bondissant rythmiquement sur place tout en arrachant des touffes d'herbes", comme l'a souligné Bernard Heuvelmans.

Le yeti est donc un singe anthropoïde encore inconnu, bipède (comme l'est le gibbon), dont la tête pointue trahit une crête osseuse sagittale comme en possède notamment le gorille mâle adulte. En 1958, Bernard Heuvelmans a proposé le nom scientifique de Dinanthropoides nivalis pour ce primate inconnu (figure 3), en suggérant une parenté avec le gigantopithèque (hypothèse qu'il avait avancée dès 1952), un singe du pléistocène de Chine du sud, connu par des dents et quelques mandibules énormes. Depuis, Bernard Heuvelmans penche plutôt pour une parenté avec le Ramapithecus et le Sivapithecus, deux primates fossiles du miocène et du pliocène de l'Inde, auxquels l'orang-outan de Sumatra et Bornéo est apparenté ; du reste, les témoins eux-mêmes rapprochent le yeti de l'orang-outan, lorsqu'on leur montre des photos de divers primates. Le yeti serait en fait une sorte d'orang-outan terrestre (et non arboricole), à la bipédie accentuée par la traversée des pentes enneigées lorsqu'il se déplace d'une vallée à l'autre (en réduisant ainsi au minimum la surface en contact avec le sol, pour atténuer la déperdition calorifique, comme l'anthropologue Sydney Britton a pu l'observer chez un chimpanzé en captivité).

5) Hypothèses alternatives

- On a souvent prétendu que le yeti n'est qu'un ours, soit l'ours brun dont une race, l'ours isabelle (Ursus arctos isabellinus), vit au Népal, soit l'ours du Tibet (Tremarctos tibetanus). L'ours peut en effet se dresser sur ses pattes postérieures, mais certainement pas faire plus de quelques pas en position bipède : or, certaines pistes ont été suivies sur des centaines de mètres. Quant à l'hypothèse que les traces des pattes postérieures recouvrent celles des pattes antérieures, elle est tout simplement invraisemblable : cela peut se produire à l'occasion, mais sûrement pas sur des centaines de mètres ! L'absence de griffes sur les pistes de yeti, comme la présence d'un gros orteil, permettent aussi d'écarter l'ours. Quant à la description du yeti par les témoins, c'est bien celle d'un primate et non d'un ursidé !

- On a également suggéré que le yeti pouvait être un singe comme le semnopithèque ou le langur, mais les traces de pas longues et étroites de ces derniers, entre autres, s'inscrivent en faux contre cette hypothèse.

- Le primatologue John Napier (1970) a pour sa part avancé un phénomène de fusions-cristallisations successives de la neige, conduisant à agrandir artificiellement les empreintes. Mais ce phénomène ne peut pas être invoqué dans tous les cas (ainsi, MacNeely et ses collègues observèrent la piste au réveil, en sortant de leur tente : elle venait d'être faite dans la nuit), et de toute manière, si les empreintes peuvent ainsi s'agrandir, la distance entre deux empreintes successives reste constante.

6) Pour en savoir plus

BORDET, Pierre
1955 Traces de yéti dans l'Himalaya. Bulletin du Muséum National d'Histoire Naturelle, 27 [n° 6] : 433-439 (décembre).

HEUVELMANS, Bernard
1955 Sur la piste des bêtes ignorées. Paris, Plon.
1958 Oui, l'homme-des-neiges existe. Sciences et Avenir, n° 134 : 174-179, 202 (avril).
1961 Comment j'ai percé le mystère des scalps de yéti. Ibid., n° 169 : 128-132, 161 (mars).

IZZARD, Ralph
1955 The abominable snowman adventure. London, Hodder and Stoughton.

MacNEELY, J. A., E. W. CRONIN, and H. B. EMERY
1973 The yeti -- not a snowman. Oryx, 12 : 65-73 (May).

SANDERSON, Ivan T.
1961 Abominable snowmen : legend come to life.
Philadelphia, Chilton.
1963 Homme-des-neiges et hommes-des-bois. Paris, Plon : traduction du précédent.

STONOR, Charles
1955 The sherpa and the snowman. London, Hollis and Carter.

 

          

Le yéti a plusieurs cousins plus ou moins connus, vivant dans la forêt et les montagnes. Aux US, sur la côte nord-ouest du pacifique, on l'appelle Sasquatch, dans le missouri, c'est Momo, et plus généralement Big Foot. Son existence appartient à la tradition amérindienne depuis des siècles et elle fait l'objet de 245 légendes au canada et aux états-unis. Les premières traces remontent à 1811. L'explorateur David Thompson tentait d'atteindre l'embouchure du fleuve Columbia en traversant  les rocheuses. Il tomba sur des empreintes de 35 centimètres de long et de 20 centimètres de large qui, selon ses guides indiens, avaient été laissées par l'un des géants qui vivaient sur l'ile de Vancouver. Thompson ne vit pas de géants mais, depuis cette époque, au moins 750 personnes ont aperçu une créature qu'elles croient être un sasquatch  et probablement autant ont découvert de grandes empreintes dont l'origine est pour l'instant inexplicable. C'est ainsi qu'on a vu la bête depuis la côte du pacifisme jusqu'au Michigan, depuis le Yukon jusqu'au Mexique. D'énormes bipèdes hirsutes et malodorants se sont apparement infiltrés dans les marécages, les forêts et les régions montagneuses de presque tous les états-unis. Les incidents sont si nombreux qu'il serait difficile de nier leur existence. En 1924, un mineur du nom de Fred Beck travaillait dans le canyon du Singe, dans l'état de Washington. Une bête semblable à un grand singe surgit à l'improviste. Beck l'abattit. La nuit même, une horde de créatures semblables attaqua la cabane qu'il occupait avec plusieurs autres prospecteurs. Martelant le toit et les murs, les monstres cherchaient vraisemblablement à pénetrer dans l'abri des mineurs. Cinq heures plus tard, ils levèrent enfin le siège, laissant derrière eux des centaines d'empreintes énormes.
En 1962, Harlan Ford et son ami Billy Mills se construisirent un abri de chasse dans le marais de Honey Island, une région sauvage qui chevauche le Mississipi et la Louisiane. Un matin, alors qu'ils apportaient des provisions, les deux chasseurs virent une grande silhouette plantée dans la boue, à une dizaine de mètres. Elle se dressa et les fixa du regard. Sa poitrine et ses épaules étaient énormes, son corps couvert de poils gris terne, mais son visage était étrangement humain. Au bout d'un moment, elle tourna le dos et s'enfonca dans les buissons. Ford et Mills ne purent jamais s'en approcher assez pour l'abattre. Mais ils découvrirent ses traces et firent des moulages qui laissèrent les scientifiques perplexes. Un jour, ils tombèrent sur un gros sanglier qui agonisait, la gorge béante. Et plus d'une fois, les deux chasseurs et d'autres campeurs entendirent un cri étrange: un hululement aigu.
John Napier, éminent spécialiste des primates est persuadé de l'existence du sasquatch. Il fonde notament sa conviction sur des empreintes découvertes à Bossburg, au mois d'octobre 1969, par un boucher du nom de Joe Rhodes qui fit part de sa découverte à deux chasseurs de sasquatch, Ivan Marx et René Dahinden. Alors qu'il analysait les conclusions des deux chercheurs, Napié constata qu'ils avaient découvert 1089 empreintes. Mesurant 44 cm de long sur 18 cm de large, elles avaient été laissées par un estropié. En effet, le pied droit de la créature avait subit un accident. "Il est bien difficile de concevoir une mystification assez subtile, assez bien informée - et assez macabre - pour falsifier délibérément une empreinte de cette nature. La chose est peu-être concevable, mais je la crois infiniment improbable" conclut Napier.

En 1935, Ralph von Koenigswald, paléontologue hollandais, pousse la porte d'un apothicaire à Hong Kong. Alors qu'il attendait patiement son tour, il fouina distraitement dans les os et les dents fossilisés que l'apothicaire réduisait en poudre pour faire ses préparations médicinales. Dans un flacon, il découvrit une gigantesque  troisième molaire inférieure, appartenant à un primate quelconque, mais deux fois plus grosse que celle du plus grand singe connu. L'apothicaire ignorait tout de son origine. Von Koenigswald fut si enthousiasmé part sa découverte qu'il consacra une bonne part des années suivantes à la recherche de spécimens semblablas. En 1954, il en avait réuni 19 et les paléonthologues chinois 47 autres. Puisqu'elles étaient pratiquement identiques à des dents humaines, mais 6 fois plus grosses, il e conclut qu'elles devaient appartenir à une espèce de singe géant qu'il nomme gigantopithécus. De nouvelles découvertes de fossiles en Asie, donnèrent la conviction aux chercheurs qu'ils avaient découvert un omme-singe d'environ 2,75 mètres, pesant près de 300 kilos, dont la famille serait née il y a environ 8 millions d'années, pour s'éteindre il y a environ 500 000 ans.

Alors ce gigantopithécus a t'il disparu ?? Le yéti existe t'il ??
Rappelons qu'il y a peu de temps, on se moquait allégrement de se qui croyaient aux gorilles, à l'hipopotame-nain, à okapi, ou à l'ornithorynque.

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